ACDN - Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire
logo ACDN banniere ACDNVisiter ACDN
Accueil-Home ACDN Contact ACDN Consulter le plan du site - SiteMap Other Version
vous etes ici Accueil > Actualités > Articles d’actualité > Queen Ka au Festival Transe Atlantique de Saintes
Qui sommes-nous ?

Comment nous aider
Diffuser l’information
Faire un don

Actualités
Les lettres d’ACDN
Communiqués
Autres sources
Articles d’actualité
Elections 2017

Actions
2e RID-NBC
3e RID-NBC (9-11 mai 2008)
Campagne "Ultime Atome !"
Grève de la faim pour un référendum
Pour un Monde Vivable

Dossiers
Big Brother

Pétitions

Correspondance
France
International

Médias

Albums

Varia
Liens
Quiz

Elections
Elections 2007
Elections 2012

Vidéos

Queen Ka au Festival Transe Atlantique de Saintes
Parole de poète. Actualités. Guerre et Paix, Poésie et Fin Du Monde.


Publié le 12 septembre 2026

Le festival Transe Atlantique a tenu avec succès sa 5e édition à Saintes les 20, 21 et 22 août 2026. Il réunit essentiellement des artistes français et québécois, sur le site Saint Louis qui surplombe la ville et offre une vue exceptionnelle sur ses toits de tuiles romanes et ses monuments chargés d’histoire. Des événements se produisent également "hors les murs" en divers lieux de la ville.

***

C’est dans le Jardin Martineau, à côté de la médiathèque François Mitterrand, que "Queen Ka" s’est produite, venant de Montréal pour la 3e fois. Poète, elle donne une performance saisissante, associant la diction de poèmes de son cru ou d’autres auteurs, le slam, le chant, la musique et la danse.
Nous l’interviewons après sa performance, le 21 août.

***

***

- Bonjour Queen Ka et merci de nous accorder cette entrevue. Pour commencer, comment vis-tu, comment vois-tu la ville de Saintes ?

- Comme c’est la 3e fois, je commence à avoir un peu de repères. C’est une ville magnifique, elle a énormément d’histoire, une ville gallo-romaine, elle existe depuis... avant plusieurs d’entre nous ! (Rires.) Il y a quelque chose d’assez fort, à chaque fois que je viens et que je sens que l’histoire est toujours un peu plus grande que nous. J’aime beaucoup quand j’arrive dans un endroit et que je sens que les murs ont plus à raconter que... que le dernier siècle !

- Et tu aimes ça ?

- J’adore ça. J’ai l’impression que ça m’inscrit dans quelque chose de plus grand que ma propre personne.

- Le Canada, lui, il a une histoire de combien ? 300, 400 ans ?

- Oui, c’est très jeune. On est à 375, 380 ans et quelque, pour Montréal du moins, Québec c’est un peu plus vieux. On est un jeune territoire – colonisé, parce que sinon, le territoire est beaucoup plus vieux. Les autochtones sont sur ces terres-là depuis plus longtemps.

- Est-ce qu’il reste encore des autochtones d’avant...

- Oui, oui. Je pense qu’on peut nommer les choses comme elles sont. Il y a eu une forme de génocide, un désir d’éradication très fort de cette culture, de ces cultures-là, parce qu’il y a plusieurs communautés, plusieurs nations sur le territoire de l’Amérique. Mais elles sont encore là et depuis plusieurs années on sent qu’il y a du travail à faire encore, mais il y a un travail qui est fait par le gouvernement pour leur redonner leur place -on ne pourra jamais la redonner, mais au moins il y a cette idée de réconciliation, de réparation, et donc les communautés prennent plus de place dans la sphère sociale, la sphère économique et la sphère culturelle. Et j’en suis très heureuse, parce que moi-même, je suis d’origine autochtone... mais de l’Afrique du Nord ! Mes parents sont tunisiens, du sud de la Tunisie, Berbères (Amazigh). Et donc je suis très fervente des peuples, des premières nations de ce monde (Rire)...

- Et donc tes parents sont venus au Canada...

- Mon père est arrivé deux ans avant les Jeux Olympiques, en 74. Il a passé cinq ans et après il a marié ma maman. Ils ont immigré et je suis née en territoire canadien. Mon père est venu parce qu’il cherchait un endroit où on parlait français, on lui avait parlé du Québec et il s’est dit : « Allez, j’y vais. » Et donc il est arrivé en 74 à Montréal.

- D’accord. Donc toi, tu es de nationalité canadienne d’origine. Comment vois-tu les relations avec les immigrés, les attitudes envers eux, en France ?

- Nous, on a des enjeux aussi au Québec. Mais la différence, c’est qu’on n’a pas tout l’historique colonialiste. C’est vrai que c’est dur de créer un vivre ensemble quand l’histoire n’a pas été dans le vivre ensemble, si on peut dire. J’ai souvent l’impression que les enjeux contemporains sont le résultat indirect des enjeux du passé. Quand il y a des choses qui ne se sont pas réparées de façon positive pour toutes les parties, c’est difficile, donc c’est normal. Et puis nous, on arrive dans ce monde, dans cette vie qu’on a, on n’a pas tout cet impact-là, mais on vit avec les conséquences de cet impact-là au quotidien. Donc, vous ou moi, on subit des difficultés qui sont liées à quelque chose de beaucoup plus historique. En France je le sens un peu plus, peut-être parce que j’ai un regard extérieur, par rapport à ma réalité à moi... Même si je suis fervente, croyant que l’humain gagnera au-dessus de tout, par cette empathie, cet amour de l’autre – parce qu’on a besoin de l’autre, peu importe. Et puis avec ce qui se passe en ce moment, vous l’avez vu à Saintes, avec le réchauffement climatique, il va y avoir d’autres formes de migration, des gens qui vont devoir quitter des terres parce que ce sera trop chaud, donc il y a beaucoup de chamboulements... C’est une grosse question que vous m’avez posée, hein ! (Rires.)

- Oui, c’est sûr. (Rires.) Mais alors, le monde en général, le monde actuel, comment tu le ressens, son évolution, les rapports de forces actuellement, les guerres, etc., comment vous vivez ça au Canada ? D’ailleurs, est-ce que vous êtes inquiétés par les velléités de Trump...

- Ah mon Dieu, c’est l’horreur ! On est pris entre les mains d’un être qui est complètement déphasé, mégalomane. A vrai dire, c’est quand même assez bizarre. J’ai l’impression qu’on a eu une espèce de période un peu... nounours. On a oublié que la dictature, la mégalomanie et la folie pouvaient être au pouvoir de nos pays nord-américains. C’est comme si on se disait, oui, « ça arrive juste dans d’autres pays ». Et là, tu fais : « ben non, y’a rien qui est acquis. » On oublie, mais les frontières, c’est de l’air. Quand tu regardes la terre, il n’y a pas une ligne directe écrite. Les frontières que l’océan écrit, ce sont les frontières terrestres. Elles sont physiquement là. Il faut traverser une grande marée d’eau pour se rendre dans un territoire. Mais les autres frontières, c’est une création collective, qui est basée sur un « respect mutuel » de l’espace et des zones donc on dit « ça c’est à toi, ça c’est à moi ». Ce n’est pas pareil avec quelqu’un qui dit : « Ben moi, je fais fi du droit international, je fais fi de tous les trucs... » Et là tu fais : « Ouais, mais le mec il a quand même la plus grande armée au monde » et si demain matin il fait « Non mais moi, j’rentre chez vous », je sais pas quoi vous dire, mais y a pas grand monde qui va pouvoir faire quelque chose contre ça. Donc, tout est basé sur le fait que les gens sont d’accord sur les règles qu’on établit, mais du moment où quelqu’un décide de pas jouer avec ces règles-là, ben là c’est le chaos qui revient. C’est comme si pendant longtemps nous, on n’avait pas vécu ce chaos-là. Moi, j’ai grandi dans les années quatre-vingt, donc, oui, la 2e guerre mondiale, ça a existé, on m’en a parlé, mais... Là, c’est comme si, soudainement, on fait « Ah ouais, OK, tout peut se transformer du jour au lendemain et on peut se retrouver avec notre voisin qui nous envahit... »

- Alors, qu’est-ce que tu penses en particulier des menaces militaires nucléaires que les Etats disposant de ces armes lancent aux autres ?

- Ben c’est comme si on jouait à qui veut faire le plus peur à l’autre. Nous de notre côté on a peur, on n’a pas l’arme nucléaire au Canada, donc y a quelque chose de très angoissant. C’est comme ça qu’on marchande, ça devient la monnaie d’échange. « Moi j’ai assez d’armes nucléaires, donc tu vas me laisser tranquille. » C’est comme si c’est ça qui décide maintenant de la protection d’un territoire. Donc ça m’effraie énormément... Je trouve ça un peu mesquin que tu dises à quelqu’un qu’il n’a pas le droit de créer des armes nucléaires alors que toi tu fais ça. Y a quelque chose d’un peu délirant dans tout ça. Et l’aspect d’escalade... On veut en avoir plus, toujours plus, et tout le monde se met à générer des armes nucléaires. Je me dis : Mais vous ne vous rappelez pas Hiroshima ? Tchernobyl ?

Cette incapacité de mémoire à court terme, comme société, c’est quand même effroyable. Donc, avec tout ce qui se passe, je dirais que j’ai pas confiance en l’avenir. J’espère juste que cette année unique qui nous reste avec Trump pourra se terminer de manière à ce que ce soit un autre parti qui rentre au pouvoir, les démocrates, et que la pression de la cocotte diminue. Si ce n’est pas le cas j’avoue que j’ai pas grand espoir dans la suite du monde, pour être très honnête avec vous. Vous m’avez amenée à un côté un peu cynique. Je sais pas comment vous, vous vivez avec ça...

- Ben nous, on fait partie de l’association dont on t’a parlé tout à l’heure, l’Action des citoyens pour le désarmement nucléaire qui existe depuis trente ans, depuis 1996. Elle milite pour l’élimination complète de toutes les armes nucléaires. Parce qu’il y a deux possibilités actuellement, soit que tout le monde ait l’arme nucléaire, soit que personne ne l’ait. Donc la seule solution raisonnable, vu ce qu’est l’arme nucléaire qui n’a aucun sens, selon nous, c’est de les éliminer toutes.

- Ouais.

- Et c’est d’ailleurs ce qui est prévu par le droit international, par l’article VI du Traité de Non-Prolifération qui demande, qui exige normalement que les Etats qui sont dotés d’armes nucléaires renoncent à leurs armes comme les autres. Les autres acceptent de s’interdire, de ne pas se procurer ces armes, mais eux, puisqu’ils les ont, y a pas de raison qu’ils les aient et que les autres ne les aient pas. Donc il faut qu’ils les éliminent.

- On est à combien d’Etats qui ont l’arme nucléaire ?

- Actuellement, y en a neuf. Enfin autant qu’on sache.

- Oui, parce qu’il y en a sûrement qui en ont et qui ne l’ont pas dit...

- C’est quand même assez bien étudié. C’est possible qu’il y en ait au moins un qui l’ait en plus. Mais disons qu’il y en a neuf. Cinq qui détiennent officiellement ces armes nucléaires et qui sont tenus par l’article dont je t’ai parlé tout à l’heure de négocier leur élimination méthodique, progressive, planifiée, etc. Tu les connais je suppose, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Et les quatre autres, c’est, par ordre d’arrivée, Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Ces quatre-là ne sont pas tenus par le traité, soit parce qu’ils ne l’ont pas signé, soit parce qu’ils l’ont signé mais s’en sont retirés, comme la Corée du Nord. Mais ce qu’il faut évidemment c’est que tout le monde se mette autour d’une table et négocie, et il faudrait d’abord que ceux qui y sont tenus montrent l’exemple, qu’ils le fassent.

- Mais les pays que tu viens de nommer, on s’entend que c’est les pires pays ! Dans quel monde Netanyahou va-t-il se débarrasser de ses armes nucléaires ?! Et Kim Jung Un ! Y a une partie de moi qui comprend que les cinq se disent : « Ouais, on va p’tet pas s’en débarrasser tout de suite... » (Rire.) Mais en même temps, c’est ça le ridicule, « vous leur avez quand même permis de l’avoir ». On peut pas avoir un jouet et dire « Personne d’autre va l’avoir ! ». Y a quelqu’un dans la cour, au fond, à qui tu veux pas que le jouet arrive... Il va finir par l’avoir ! Des gamins de dix ans comprennent ce truc, enfin ! Donc, je suis excessivement ravie que vous preniez en charge de dénoncer ça et je crois que l’important c’est qu’il y ait encore plus d’associations comme ça qui le fassent, mais j’avoue que j’ai... (Rire)

- (Rire) Oui, oui, mais tu fais très bien de soulever le problème. On se l’est posé, bien entendu. En fait il faut que les cinq principaux se mettent autour d’une table et ils y amèneront les autres. Ils seront quasiment obligés d’y venir, les autres. Y compris, ce sera le plus difficile peut-être, Israël, mais lui aussi, il faudra finalement qu’il y vienne, parce que, en réalité, il aurait intérêt à être accepté par les autres Etats. Ce qui veut dire beaucoup de choses, peut-être même qu’il n’y ait qu’un seul Etat, qui soit israélo-palestinien. C’est une position qu’on défend, nous, parce que la solution à deux Etats, elle ne fonctionne plus actuellement, elle n’est plus possible... Il faudrait qu’il y ait un Etat laïque qui accepte chaque citoyen, quelle que soit sa religion, son origine... Mais bon, ça, c’est une solution politique. Pour toi, ton expression d’artiste, est-ce que tu crois que c’est possible de mettre en avant ce problème...

- Du nucléaire ? Ben moi, ma pratique, c’est une pratique de poète. Donc je parle de ce que je connais, à la limite de ce que je connais. J’ai déjà fait des textes qui dénonçaient la situation dans le monde. J’en ai un qui s’appelle FDM, pour Fin Du Monde, dans lequel y a une partie où je dis...

FDM
y a la fin qui arrive au détour
la fin du monde y paraît
ce serait bien d’avoir le temps
de faire un dernier tour
avant que ça
brûle
saute
que ça s’écroule
avant que ça tremble et tombe
avant que le malheur nous rassemble dans un gros tas
et que nos aimants se décollent à jamais

le jour où
mon nord deviendra le tien
anorexique ozone
pour un soleil–soldat
l’ultime kamikaze
au nom de la galaxie
au fond
nous sommes si petits

ce jour–là
un grand coup de vent solaire et …
« Bonsoir ils sont partis »
les gros , les grands , les petits
les dans–la–rue
les pas–de–sou solitaires
les costumés de jour et de nuit
poches pleines coeurs vides
les aspirants au grand changement
les hippies mangeurs de graines
les carnivores invétérés
les vierges et les puceaux
la main dans les culottes
les yeux rivés sur l’écran plat

et le sexe pointu
les foetus et les embryons
avec ou sans droits
les mères porteuses
et reportées
partis
tous d’un coup
partis
même les attendeurs de messies
la larme à l’oeil, la rage au ventre
le doute poignant devant l’absence
le livre sacré en iPad in their hands
it is the end my friends

Ce jour-là
il ne restera qu’une planète sèche et rouge
une autre Mars peut–être
au fond
nous sommes si petits

alors, dépêchons
avant l’arrivée du glissement de terrain
de la dernière vague qui ne viendra pas de nos mains
avant que les tours s’ écroulent sans avion
car le sol se fatigue de tous nos pas incessants

des tornades et des feux pour nous rappeler cruellement
que nous ne contrôlons rien

allons voir les glaciers du Grand Nord
avant qu’ils partent en voyage et se fondent sur nos côtes fêlées

allons escalader ces montagnes
pour sentir le vertige de notre insignifiance

allons respirer l’air trop haut
la cage thoracique en état de choc
allons contempler au sommet de ces arbres ancestraux
sages étendards

allons contempler les étoiles
celles fixées et celles filantes
avant que l’on s’éteigne et que notre race disparaisse

car au fond nous sommes si petits
si fabuleusement
petits.

- Bravo ! Superbe !

- Voilà, c’est ça mon travail.

- Superbe. Tu pourras nous envoyer le texte ?

- Ben oui. Mais le texte existe sur Youtube, avec la musique. Là j’ai manqué des petits bouts parce que ça fait longtemps que je l’ai pas fait.* Un texte d’il y a plusieurs années déjà. Mais bon, c’est comme ça que je dénonce les choses. C’est la seule manière que je trouve de le faire de façon artistique. Après, je vous laisse à vous le terrain, le travail sur le terrain...

- Merci Elkahna**. Encore merci pour ton travail, ton engagement et tes performances magnifiques.

Interview recueillie par Jean-Marie Matagne et Jean-Robert Drougard

NOTES

* Cf. Texte d’origine : Queen Ka. FDM. Fin du Monde. Janvier 2017
Réalisation : Simon Gosselin. Prise de son et mix : Guillaume Briand. Musique : Blaise Borboën, Léonard et Stéphane Leclerc. Texte : Queen Ka.

** Elkahna Talbi. Nom de scène Queen Ka.

Voir aussi :

1er oct. 2019, Queen Ka interrogée par Antoine Perraud et Faïza Zerouala pour l’émission « Tire ta langue » de Mediapart 28’ 29’’

Regarde-nous 2’ 43’’

Deuxième génération 3’ 01’’

Héros 5’ 41’’


L'argent est le nerf de la paix ! ACDN vous remercie de lui faire un DON

Autres versions
print Version à imprimer
pdfVersion PDF


Partager via les réseaux sociaux

Dans la même rubrique

Le mauvais gag de la Force de frappe française
Lettres à Robert Badinter
La solution existe : il suffit de la saisir !
Désarmement et volonté populaire
Non au détournement de l’épargne au profit de l’industrie d’armement
Guerre en Ukraine, dissuasion nucléaire et démocratie
Nucléaire iranien : solution en vue... et personne n’en parle !
Il y a 80 ans, Hiroshima, Nagasaki
Peut-on faire la paix à l’ombre des bombes atomiques ?
La France Insoumise en appelle au peuple... pourvu qu’il se soumette à elle ?

visites :  2126908

Accueil | Contact | Plan du site | Admin |

Site réalisé avec SPIP
design et fonction Easter-Eggs