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Japon : la cure atomique

Publié le 20 janvier 2012

Dix mois après Fukushima, la quasi-totalité des réacteurs nippons sont à l’arrêt. Tandis que les importations de gaz grimpent, les Japonais réduisent leur consommation d’électricité. En rêvant d’une sortie du nucléaire.

Par MICHEL TEMMAN correspondant de Libération à TOKYO

...Depuis le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011, le pays doit affronter une ère de grande mutation énergétique, le nucléaire étant quasi en berne. A la veille du séisme, 54 réacteurs en activité dans 18 centrales assuraient environ 30% de la fourniture électrique. Depuis, le gouvernement ferme un nombre croissant de centrales, pour des raisons, officiellement, de maintenance, et souvent sous la pression des populations qui redoutent une nouvelle catastrophe. Peu après Fukushima, 44 réacteurs ont été stoppés. Aujourd’hui, le chiffre a grimpé à 49. Avec seulement cinq réacteurs, la production est tombée à quelques pour cent de la fourniture d’électricité du pays, ce qui a imposé quelques restrictions, surtout les premiers mois, le temps que d’autres énergies prennent le relais.

Dès le début de l’été, de grandes affiches apposées dans les gares, les aéroports, les centres commerciaux et les mairies ont incité les Japonais à « économiser l’énergie ». Le gouvernement a alors fixé les objectifs, plus ou moins drastiques selon les régions : à compter du 1er juillet, les Japonais de Kanto (la région de Tokyo) et du Nord-Ouest, entreprises comme particuliers, ont eu pour consigne d’abaisser leurs dépenses d’électricité de 15% à 25%. (...)

Depuis la fin octobre, les restrictions imposées ont été levées, les escalators et les ascenseurs fonctionnent, la vie semble normale, sauf que les Japonais ont pris le pli des économies d’énergie.

« A la maison, on fait attention à tout. On évite les lumières inutiles. On débranche ce qui ne sert pas. On se passe d’air conditionné. On dépend moins des appareils électroniques et électroménagers. On vit plus simplement, et c’est presque mieux ! » témoigne Tsubura Yoshida, une artiste vivant à Hokkaido. Bilan de ces nouveaux usages, un Japonais brûle moitié moins d’énergie qu’un Américain. Les niveaux de consommation actuelle égalent ceux du Japon de 1973, à l’heure du premier choc pétrolier. Et selon une étude du gouvernement, la consommation d’énergie n’augmentera pas de plus de 0,7% d’ici à 2018.

Une demande en gaz exponentielle

« Le Japon n’a pas le choix, tonne le professeur Yoshihisa Murasawa, expert en questions énergétiques à l’université de Tokyo. Depuis Fukushima, notre pays est engagé dans une cure d’économies d’énergie sans précédent. Tous les moyens sont bons, à condition qu’ils n’aggravent pas la facture carbone. (...) Le Japon peut surmonter l’épreuve, même si elle est lourde à gérer. Le pays en a la volonté et surtout les moyens », conclut-il tandis que trois hommes en bleu de travail apposent des films isolants transparents sur les fenêtres d’un bureau voisin. (...)

Le Japon peut-il se passer de l’atome alors que son autosuffisance énergétique atteint à peine 16% ? Si les sondages sont contradictoires, il semblerait qu’une majorité se dessine en faveur d’une sortie progressive du nucléaire, à condition qu’elle ne menace pas les intérêts vitaux de la nation. (...) En attendant, les énergies gagnantes ne sont pas les ressources renouvelables, mais le gaz. La demande en GNL [gaz naturel liquéfié, ndlr], qui arrive au Japon par bateau, est exponentielle. Le lobby japonais du gaz exulte. (...)

Toutefois, une donne nouvelle, plus écologique, se dessinerait. Les centrales éoliennes, solaires ou géothermiques représentent à peine 2% de la production électrique. Maison parle désormais ici de « consommation in-out autogérée », de « relais avec de nouvelles sources indépendantes ». « Le Japon est en train de mettre en place un nouveau modèle énergétique. Il deviendra un exemple »,assure le Premier ministre, Yoshihiko Noda. (...)

La tendance se dessine déjà. Les constructions de quatorze réacteurs nucléaires qui étaient prévues avant le « grand tremblement de terre du Tohoku » du 11 mars, sont pour l’heure stoppées, voire annulées. « Notre pays voulait porter de 30% à 50% la part du nucléaire dans son mix énergétique d’ici à 2030, rappelle le professeur Murasawa. Non seulement c’est impossible mais nous préparons déjà un nouvel avenir énergétique. » A Tokyo, l’Institut pour les énergies renouvelables estime que « la part des énergies alternatives pourrait représenter 30% de la production électrique nationale d’ici à 2030. » Pour beaucoup, l’objectif des 100% d’ici à 2050 n’est plus un rêve fou.

Texte complet : Libération