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Les juifs et le conflit israélo-palestinien : deux approches


Publié le 16 juin 2007

A l’heure où la guerre civile entre palestiniens du Hamas et du Fatah aboutit de fait à deux gouvernements, le premier contrôlant la bande de Gaza, le second la Cisjordanie, il nous paraît utile de confronter la perception que des juifs vivant en-dehors d’Israël peuvent avoir des palestiniens et du conflit qui les oppose à Israël.

Nous soumettons ces deux "approches juives" à l’attention de nos lecteurs, en leur recommandant de lire chaque "discours" in extenso et avec une égale attention. Les positions d’ACDN étant déjà connues et exprimées notamment sur ce site, nous laissons à chaque lecteur ou lectrice le soin de déterminer quelle approche lui semble la plus porteuse d’un espoir de paix durable pour les israéliens comme pour les palestiniens.

Il va sans dire qu’il peut exister d’autres approches, et que les goyim (les non-juifs), qu’ils soient musulmans, chrétiens, agnostiques, athées, et de quelque croyance ou incroyance que ce soit, ont eux aussi le droit d’avoir une opinion sur le conflit israélo-palestinien et sur le meilleur moyen d’établir enfin la paix dans la région.

La question est de savoir si la mèche israélo-palestinienne va finir par faire exploser la poudrière proche-orientale, et par extension le monde entier, ou si on parviendra à l’éteindre à temps. N’en déplaise aux fanatiques des deux camps, la question concerne tout le monde.

Pour conclure, une troisième voix juive, celle d’Uri Avnery, militant pacifiste israélien, nous rappelle que l’islam a su historiquement cohabiter en harmonie avec le judaïsme et même le protéger du christianisme.


LETTRE SCELLEE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Par Claude Bensoussan pour Guysen Israël News

Jeudi 14 juin 2007

Monsieur le Président,

J’ai décidé de m’adresser à vous entre les deux tours.
Je suis chroniqueur sur Guysen Israël News, site Internet israélien francophone, depuis que les terroristes à la solde d’une crapule, ont entrepris d’exterminer mon peuple à coups de bombes humaines et d’attentats odieux, où les meilleurs parmi nous y ont laissé leur vie. Après quelques mois de silence durant lesquels j’ai très peu écrit, pour diverses raisons, mais aussi et surtout, parce qu’il arrive parfois qu’après un long combat, contre un ennemi sournois, les forces vous manquent pour reprendre les armes. Même lorsque celles-ci ne sont que paroles ou écrits.

C’est le sens de mon courrier fermé.

Je sais que vous aviez pris connaissance de ma première lettre, en 2003, lorsque les actes antisémites en France avaient atteint leur apogée. Vous étiez alors Ministre de l’Intérieur.

Je sais aussi que vous lirez ces quelques lignes.
Et j’ose espérer que vous y penserez, même si cela risque de vous raser...

Pour employer un mot à la mode depuis que vous l’avez utilisé, c’est de rupture que je vais vous entretenir. Rompre le silence en est déjà une ...

Vous avez montré, durant toute votre carrière, que les échecs ne vous avaient pas brisé et qu’au contraire, vous aviez conquis la magistrature suprême, en menant vos troupes, comme un jeune premier en politique, plein de fougue et une envie de gagner qui a fait pâlir vos adversaires. Vous nous les avez laissés, permettez moi ce langage, comme des malades qui entrent en réanimation sans espoir d’en sortir...

Le certificat de décès des Rouges est pratiquement fait, l’encre sèche, ils sont au stade terminal ; celui des Verts est en cours de rédaction, et celui des Bruns sur liste d’attente...

Mais il ne s’agit ni de ces Verts, ni de ces Bruns, ni de ces Rouges là dont je veux vous parler.

Des autres. Ceux qui, sous le drapeau de leur « foi », mettent le monde à feu et à sang.
Où que porte le regard, si vous survolez la carte mondiale, ils sont les seuls, à l’exception de quelques résidus de l’ère communiste, trotskistes, maoïstes, ou autres stalinistes, en un mot de fossiles du néandertalien, ils sont la seule menace actuelle et mortelle pour le monde civilisé.

L’islam, que certains qualifient de radical, pléonasme s’il en est, se décline sur tous les continents sous différentes nuances de vert, mais toujours indissociable de sa complémentaire, le rouge. Rouge comme le sang, ai-je besoin de vous le préciser.

Le mélange de ces deux primaires donnant le brun...
Des mains coupées de la Qaïda aux gorges tranchées en direct et sans prompteur, les images parlent d’elles-mêmes.
On croyait tout savoir de l’horreur lorsqu’elle est humaine, on était loin du compte. Personne n’imaginait qu’un jour, l’ennemi prendrait l’allure d’une ombre. Une ombre qui vous suit et vient habiter votre quartier, votre immeuble, avant de fondre sur vous en se faisant exploser parmi la foule pour faire un maximum de victimes. En jogging ou en costume cravate...

Des combattants de l’apocalypse qui ont décidé une fois pour toutes d’en finir avec nous, avec vous. Leurs penseurs sont particulièrement doués. Leur stratégie n’a rien d’une petite armée d’opérette. Leur livre de chevet, mode d’emploi pour une guerre de terreur, ne le cède en rien au Mein Kampf d’Hitler. Lisez le, monsieur le Président, vous comprendrez je n’en doute pas, comment les barbares djihadistes comptent s’y prendre pour imposer leur califat sur la terre entière.

En ce qui me concerne, il y a longtemps que je ne les nomme plus Arafat, Abbas, Hamas, Brigades des uns, brigades des autres, ou Al Qaïda, mais nazislamistes.
Tout simplement.

Parce que, toujours en ce qui me concerne, si leurs méthodes sont différentes de celles de la peste brune, leur but ultime est le même. Exterminer le peuple juif. Les autres aussi, mais d’abord les juifs. Relisez et faites lire aux européens convaincus du dialogue avec ces barbares, leurs chartes ou leurs professions de foi. Elles ne diffèrent que par la langue : ici le saoudien, là le syrien, ou encore l’égyptien, et maintenant le marocain, l’algérien et le pakistanais.

Alors j’en viens à la rupture.

Lors de la campagne présidentielle, vos adversaires vous ont diabolisé et affublé de tous les qualificatifs que l’on réserve en général à un dictateur. Je n’insisterais pas.

C’est là notre point commun.
Comme vous, mais avec des conséquences autrement dramatiques, Israël est diabolisé depuis de longues années. Il s’agit de mon peuple, des hommes et des femmes qui font partie de ma chair, et qui sont exposés aux plus grands dangers aujourd’hui. Ses ennemis l’entourent du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Des milliers de missiles s’apprêtent à fondre sur lui, certains demain peut-être, à tête nucléaire, vous le savez mieux que moi. Ce qui a fait dire à votre tout nouveau ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, qu’il prendrait les armes pour défendre ce pays s’il était menacé de mort.
Cela nous change d’un Douste-Blazy qui voyait l’Iran comme une force stabilisatrice dans la région...
Quand je pense que vous avez envisagé Védrine au même poste, ce n’est pas de rupture que je vous aurais entretenu, mais de fracture...

En allant voir le Président des Etats-Unis, vous êtes devenu « celui qui a serré la main de Bush ».
D’autant que vous avez récemment déclaré et réaffirmé que la France et les Etats-Unis étaient "alliés et amis" en matière de terrorisme et assuré que leur politique vis-à-vis du Liban était très proche.

Votre prédécesseur n’a pas fait dans la dentelle. La France s’est réveillée américanophobe, pour employer un terme à la mode et cela va crescendo depuis.
On serre les mains de qui l’on veut n’est-ce pas, et celle de Bush n’est pas plus sale que celle d’un Poutine avec ses centaines de milliers de morts en Tchétchénie, ou celle de dictateurs sanguinaires, arabes ou africains.
Tout un art. Primitif...

Seulement voilà, aujourd’hui, seuls deux pays « expérimentent » le péril Vert, les armes à la main : Israël et les Etats-Unis. Le premier depuis sa naissance, les seconds depuis un certain 11 septembre.

Va-t-on continuer la longue hypocrisie diplomatique de notre pays lorsqu’il s’agit du monde arabe ou bien la rupture tranchera la tête une fois pour toutes aux lécheurs de babouches et autres djellabas ?

Car, vous savez sûrement que si demain, à D.ieu ne plaise, une vague d’attentats secouait la France, de ceux qui ont secoué l’Espagne ou l’Angleterre et à un moindre degré le Maroc, ce ne sont pas les quelques milliers de soldats et le sous-marin continuellement en rade, qui prendront la défense de nos concitoyens en portant le fer là où se cachent les nazislamistes...

Les deux premiers pays cités ont ou vont rapatrier leurs soldats d’Irak. Que peuvent-ils faire d’autre ?...
Seule une grande puissance comme celle des Etats-Unis peut se permettre le luxe de mobiliser des centaines de milliers d’hommes pour installer des bases, loin de ses frontières sans attendre que l’ennemi frappe une nouvelle fois. Et encore, rien n’est sûr.

N’en déplaise aux altermondialistes et autres pacifistes dont la haine pour leur « Grand Satan » n’a d’égale que la célérité avec laquelle ils nous mènent droit au mur et dans les bras de la barbarie islamique.

Vous avez compris, au grand dam d’une majorité de vos concitoyens qu’on a rendus allergiques aux USA, vous avez compris disais-je, même si vous avez salué la décision de Chirac de ne pas envoyer d’hommes sur le terrain, que la seule réponse possible au terrorisme mondial et la seule prévention d’une nouvelle catastrophe, était de se positionner là où peut être envisageable une riposte foudroyante en cas d’attaque massive contre les centres vitaux du pays de l’Oncle Sam. Il était stratégiquement incontournable d’envahir l’Irak pour lutter contre Al Qaïda. Laquelle ne se cache plus pour dire que ses combattants sont responsables de toutes les horreurs quotidiennes à Bagdad ou à Fallouja. Mais aussi à Gaza...et au Liban.

Parce que voyez-vous, l’infrastructure de cette organisation est telle qu’elle permet de tenir tête à une armée régulière, comme aujourd’hui à Nahr El Bard. Il y a autant de morts du côté libanais que dans les rangs des terroristes. Et tout çà, dans un camp de réfugiés. « Camp » n’a de nom que le nom bien sûr...il est fait d’immeubles et de villas et sûrement pas de tentes comme certains voudraient nous le faire croire.

A Gaza, des milliards de dollars sont destinés à l’achat d’armes. Seuls des pays tiers peuvent financer de tels investissements. Je pense, comme vous, à l’Iran, la Syrie, mais aussi à tous les autres pays dits arabes. L’élimination d’Israël étant une affaire musulmane, tout le monde y va de son denier...

Voilà où va l’argent qui aurait servi à améliorer le quotidien des arabes qui occupent notre terre et qui donne le droit aux médias de prédire jour après jour une grosse catastrophe humanitaire. On l’attend toujours celle-là. Elle arrive à grands pas, non pas par la faute d’Israël, mais grâce aux rivalités entre terroristes qui s’entretuent, et qui ont fait regretter aux habitants de Gaza, l’époque de l’administration israélienne, quand leur sécurité était assurée...

La vérité finit toujours par éclater, n’en déplaise aux ONG qui, comme le cyclope, ne voient le mal que d’un seul œil, le gauche...

Et qu’on ne vienne pas nous rabâcher que c’est d’une guerre civile qu’il s’agit aujourd’hui. Les civils ne se battent pas eux. Ce sont des hommes armés, équipés de lance-roquettes, dotés d’armes sophistiquées, aguerris, qui savent donner la mort, entraînés à cette besongne depuis des années.

Alors vous qui avez pris pour habitude d’appeler un chat un chat et une racaille de la racaille, libérez nous de l’hypocrisie qui ne fait pas honneur à la France.
Si le Hamas, le Djihad islamique, ou toutes les composantes du Fatah sont des organisations terroristes, cessons sur les ondes françaises, de les appeler des activistes ou des combattants de la Résistance.
C’est faire injure à ceux qui ont mérité le nom de résistants chez nous.

Osez appeler un nazislamiste, une racaille et un terroriste. Revoyez leur charte. Elle est explicite. Elle ne parle pas de libérer un territoire comme l’on fait des résistants dans tous les pays, mais bien d’exterminer un peuple, de tuer le Juif partout où il se trouve, car le Coran le dit et enjoint de le faire, disent-ils. Qu’il n’y aura pas de fin des temps avant que le peuple juif ne disparaisse, par le glaive et le cimeterre, les missiles ou les bombes islamiques humaines. Leitmotiv des mosquées de Gaza et d’ailleurs.

Et le Hezbollah, celui là même qui entraîna dans sa furie destructrice la mort de 56 soldats français dans le Drakkar à Beyrouth en 83, et qui continue à être présenté sur nos ondes comme un modèle d’organisation sociale, allant jusqu’à être invité au sommet de la francophonie, et dont les représentants sont reçus par certains de nos hommes politiques, au quai d’Orsay, ou au Liban, comme des interlocuteurs respectables...

Comment qualifiez-vous, une organisation, armée jusqu’aux dents et qui envoie pas moins de 4000 roquettes et autres missiles sur des cibles essentiellement civiles, maisons, hospices ou écoles et concentrations urbaines ? Dans l’unique but de tuer des juifs. N’est-ce pas là la définition même de la terreur ?

Il est vrai qu’Israël, selon votre prédécesseur, a fourni une réponse disproportionnée à l’attaque d’une patrouille de Tsahal et au kidnapping de deux de ses soldats l’été dernier !

Quand on mesure l’énormité de cette remarque teintée de « macro cynisme », il faut rompre avec ce parler de bas étage. Il faut redonner ces lettres de noblesse à une politique étrangère de la France qui a été dans ce demi siècle passé, une politique des souks, du marchandage d’étal et du parti pris nauséabond, alors qu’on l’attendait impartiale.

Monsieur Chirac, aurait souhaité que les israéliens kidnappassent trois ou quatre terroristes et procèdent à deux ou trois éliminations ciblées, comme monnaie d’échange ? Ou qu’ils saisissent le Conseil de Sécurité ?...

Appliquer les lois de la guerre à ceux qui n’en ont cure, a coûté des milliers de morts à Israël. Et pourtant, existe-t-il une seule armée au monde qui envoie des SMS et des tracts aux civils systématiquement avant un bombardement ? J’en doute fort.

La politique autrement. La rupture, c’est aussi remettre la France à la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter.
Il ne s’agit pas seulement de politique intérieure mais aussi et surtout d’un langage diplomatique qui tranche avec tout ce que nous avons pu entendre jusqu’à présent.

Mais voilà, je crains fort qu’il n’y ait pas rupture dans ce contexte et que la langue de bois de la diplomatie française ne perdure, comme par le passé. Pétrole et balance commerciale obligent. Mais aussi sclérose de l’institution.

Et si je vous parlais d’otages... Un sujet qui nous préoccupe au plus haut point. Les efforts faits pour libérer madame Ingrid Betancourt sont tout à votre honneur. On n’en attendait pas moins d’un Président de rupture, et qui veut aller vite. Pour ne point oublier notre otage des FARC, son portrait orne la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, tout comme celui de Florence Aubenas, de Libération, par le passé.

Chez Guysen, par exemple, mais pas seulement, tout le monde se pose la question de l’absence au côté de madame Betancourt, de Guilad Shalit, vous savez ce jeune soldat de 20 ans, capturé par les nazislamistes l’an dernier et toujours détenu.

Pourquoi le portrait de Guilad, n’est-il pas sur la façade de l’Hôtel de Ville ? Il est franco israélien comme Ingrid est franco colombienne pourtant. Doit-on penser qu’il y a deux poids deux mesures ?

Et si l’on nous rétorque qu’il n’est pas « tout à fait » français, nous pourrions répondre que le chauffeur interprète de Florence Aubenas ne l’était pas du tout et que son portrait était quand même affiché... Mais tout de même, on nous dira que Guilad est soldat et que la capture d’un soldat, fût-elle l’œuvre de terroristes nazislamistes, n’est en rien comparable à celle d’une civile. Soit. Alors petite question sans arrières pensées : et si l’otage avait été franco israélien et qu’il portait le nom c’un célèbre avocat très médiatisé par exemple, car vous n’êtes pas sans savoir que celui-ci a fait un service militaire en Israël, aurait-il été imaginable de ne pas le voir sur le fronton de l’Hôtel de Ville ?....Et les efforts diplomatiques pour sa libération auraient-ils la même ampleur que ceux déployés pour Guilad Shalit ?...

Monsieur le président, vous n’ignorez pas qu’il y a aujourd’hui dans le monde, une poussée d’antisémitisme, laquelle sous couvert d’antisionisme, ne laisse aucun doute quant à la volonté de ses auteurs d’exterminer le peuple juif. Elle est d’autant plus pernicieuse qu’au vert se sont joints le brun et le rouge.
Israël, le peuple juif, sont seuls, une fois de plus, face à cette menace.

Les médias, trop longtemps enclin à travestir la réalité du terrain, ont contribué pour une large part à faire perdre à Israël la guerre de l’image, même si ces derniers jours nous assistons à la réelle nature des nazislamistes qui s’entretuent avec une telle barbarie qu’elle révulse tout homme sensé, et que même les journalistes les plus prompts à fustiger Tsahal, finiront par se discréditer s’ils ne dénoncent pas avec une vigueur identique, les massacres d’employés de l’ONU, de civils, et le nombre de victimes sans aucune mesure avec les éliminations « ciblées » de l’armée israélienne quand bien même celles-ci entraînent quelques dégâts voulus par les nazislamistes.

Enfin, donner systématiquement la parole à des contempteurs d’Israël, à longueur d’année, bien choisis parmi l’intelligentsia juive, de gauche pour ne pas changer, sans jamais laisser s’exprimer des femmes ou des hommes du camp national, je veux nommer ainsi des hommes de droite et d’une droiture extrême, quelle partialité que cette presse ! Aux ordres ?
Alors ? Rupture...

Jusqu’à présent, nous avons eu droit à des présidents qui tenaient un double langage, jurant leurs grands dieux qu’ils tenaient à la sécurité d’Israël, mais qui ne se privaient pas de serrer la main de dictateurs sanguinaires et s’accoquinaient même avec eux parfois...Si les murs de l’Elysée pouvaient parler...

Il y 4 ans, lorsque je vous écrivais, je vous conjurais « d’entrer dans l’Histoire, comme le Ministre qui aura défendu ses concitoyens de confession juive et qu’ainsi vous honoreriez la France ».
Aujourd’hui, ce n’est pas dans une lettre ouverte que je m’adresse à vous, mais d’une lettre que j’aurais aimée scellée, parce que des fatwas pourraient être émises à mon encontre.

Le Moyen-âge nous guette...

Entrez monsieur le Président, dans une logique de rupture, et dans « le club » très restreint des hommes qui n’auront pas fait de mal au peuple juif ainsi que le dit la Torah, notre Bible à tous : « L’Eternel ton Dieu, fera retomber toutes ces malédictions sur tes ennemis, sur ceux qui t’auront haï et persécuté ». (Deutéronome XXX / 7).


PALESTINE :“JE N’ETAIS PAS PREPAREE A TOUTES LES HORREURS QUE J’AI VUES"

Entretien d’Hedy Epstein avec Silvia Cattori

Saint Louis - Missouri, USA, le 14 juin 2007

Hedy Epstein, âgée aujourd’hui de 82 ans, est née à Freiburg, en Allemagne, en 1924 (1), et vivait à Kippenheim, un village situé à

environ 30 km au nord de Freiburg. Elle est l’unique enfant de parents qui sont morts dans les camps d’extermination nazis. Elle n’a jamais cessé de lutter en faveur des droits et pour la dignité de tous les êtres humains.

En 2003, Hedy a décidé de se rendre en Palestine. Elle est revenue terriblement choquée de ce qu’elle y a vu : des femmes et des enfants palestiniens sans défense, tout un peuple brutalisé, enfermé dans des ghettos.

Ayant appris à aimer tous ces gens qu’elle avait rencontrés, elle est revenue déterminée à témoigner des injustices que subissent les Palestiniens dépossédés de leur terre et chassés de leurs maisons où ils avaient vécu pendant des siècles.

Rien de ce qui a été fait, aucune protestation n’a jusqu’ici empêché Israël de poursuivre le traitement qu’il inflige aux Palestiniens. Au contraire, constatant, lors de ses visites en Palestine, que la répression israélienne n’a jamais cessé de s’accentuer, Hedy Epstein a résolu de se joindre aux autres défenseurs des droits humains qui vont embarquer pour Gaza sur le bateau FREE GAZA(2) à la fin de l’été. Leur objectif est de demander que justice soit rendue aux Palestiniens ainsi que réparation par les Israéliens pour ces 60 années d’oppression.

Silvia Cattori : Vous avez consacré toute votre vie à lutter pour aider les faibles et réclamer justice. Mais, depuis 2003, vous vous êtes encore davantage engagée en réclamant justice pour les Palestiniens en particulier. J’ai compris que vous vous apprêtiez à prendre certains risques pour rendre le monde conscient des crimes qui sont perpétrés contre eux !?

Hedy Epstein : En effet, j’ai été invitée par les organisateurs à embarquer sur le bateau FREE GAZA ; et je me sens honorée par cette invitation (3).


Silvia Cattori :
Pénétrer dans les eaux de Gaza en compagnie de militants pacifistes palestiniens, israéliens, et internationaux, est assurément un magnifique projet ; mais cette entreprise n’est-elle pas lourde de dangers ? N’êtes-vous pas inquiète de participer à une telle expédition ?

Hedy Epstein : Bien sûr, j’ai quelques inquiétudes. Mais la vie peut-elle m’assurer que rien ne m’arrivera ici ? Vous savez, demain matin, en sortant du lit, je pourrais être si endormie que je trébuche, tombe à terre et me rompe le dos. Alors, que vais-je faire, rester au lit pour le reste de ma vie ? Certainement pas.

Il n’y a pas de garanties dans la vie. Peut-être ne devrait-on pas se mettre en situation de danger. Mais ma participation n’est qu’une petite contribution, comparée aux souffrances que les Palestiniens endurent journellement. Et si, par cette action, nous pouvons dire au monde ce qui se passe là-bas, alors cela vaut la peine d’y aller. J’ai 82 ans, et j’ai vécu, le plus souvent, une bonne vie. Qu’il me soit permis d’apporter une contribution avant qu’il ne soit trop tard.

Silvia Cattori : Le voyage de ce bateau pour Gaza coïncide avec le 60ième anniversaire du départ de Marseille de l’EXODUS. Ne pensez-vous pas que votre présence dans un bateau se rendant sur la même terre que l’EXODUS va vous exposer à des critiques ?

Hedy Epstein : Non. Ce que je fais est ce en quoi je crois, et ce pourquoi je me bats. Dans certains milieux, en particulier au sein du courant dominant de la communauté juive, je passe pour une traîtresse, pour une « Juive qui a la haine de soi ». Cela n’a aucun sens. Je n’ai pas de haine pour moi-même voyons ! Il y a quelques années, le directeur d’un quotidien juif m’a dit que je n’aurais pas dû aller en Palestine. Que j’aurais plutôt dû aller en Israël, comme volontaire dans un hôpital où étaient soignées les victimes d’un attentat suicide palestinien.

Je lui ai répondu que je serais heureuse d’y travailler comme volontaire mais que, si j’allais apporter mon aide dans un hôpital israélien, accepterait-il d’aller dans un hôpital palestinien pour aider les gens qui avaient été blessés à la suite d’agressions israéliennes ? Il était épouvanté. “ En Palestine ?”. Je lui ai dit “Oui, j’y suis allée, alors vous pouvez aussi y aller et, quand vous l’aurez fait, je serai heureuse de travailler dans un hôpital israélien”. Il y a déjà plusieurs années de cela, et je n’ai plus jamais rien entendu de sa part.

Silvia Cattori : Pourquoi avez-vous choisi de militer pour une cause où la quasi totalité des Israéliens est à l’opposé de votre engagement ?

Hedy Epstein : Permettez-moi de vous parler un peu de mon passé, pour que vous compreniez pourquoi je suis arrivée où je suis aujourd’hui. Je suis née en Allemagne, dans une famille juive. J’avais huit ans quand Hitler est arrivé au pouvoir. Mes parents se sont rapidement rendu compte que l’Allemagne n’était plus un endroit sûr pour y rester et élever une famille. Ils étaient prêts à aller n’importe où, et ils ont désespérément cherché à partir. Mais ils ne seraient JAMAIS allés en Palestine, parce qu’ils étaient d’ardents anti-sionistes.

A cette époque, je ne comprenais pas ce qu’était le sionisme, et ce que pouvait signifier être anti-sioniste, mais je savais que, dans le village où je vivais - qui était Kippenheim, au sud-ouest de l’Allemagne - il y avait un groupe de jeunes sionistes, et que mes parents ne me permettaient pas de m’y associer. J’étais le seul enfant juif de ce village à ne pas faire partie de ce groupe. Comme mes parents étaient d’ardents antisionistes, et bien que je ne comprisse pas ce que cela signifiait réellement, j’étais moi aussi une ardente antisioniste.

Par la suite, en 1939, grâce au grand amour que mes parents avaient pour moi, j’ai pu quitter l’Allemagne pour l’Angleterre avec un convoi d’enfants (Kindertransport). Le jour de mon départ, en mai 1939, a été la dernière fois que j’ai vu mes parents et d’autres membres de ma famille. Ils sont tous morts dans des camps. Je suis venue m’établir aux Etats-Unis en mai 1948, à peu près au même moment où Israël est devenu un Etat.

J’avais, à ce sujet, des sentiments mélangés. D’un côté j’étais très heureuse qu’il y ait un lieu où aller pour les gens qui avaient survécu à l’holocauste et qui, peut-être, ne voulaient ou ne pouvaient pas retourner sur leurs lieux d’origine, et d’un autre côté, me souvenant de l’ardent anti-sionisme de mes parents, je craignais que, par la suite, il ne sorte rien de bon de tout cela. Ce que cela pourrait être, je ne pouvais même pas l’imaginer. Cependant, je venais d’arriver aux Etats-Unis et il y avait de nouvelles choses à apprendre. Ainsi, Israël était à l’arrière plan de mes intérêts et il y est resté pendant des années.

C’est en 1982 que j’ai eu le choc qui m’a personnellement réveillée : les terribles massacres dans les deux camps de réfugiés de Sabra et Chatila, au Liban. J’ai eu besoin de comprendre ce que signifiait cette tragédie, pourquoi elle était arrivée, et qui en était responsable. Puis, après l’avoir compris, j’ai éprouvé le besoin d’en savoir plus sur ce qui s’était passé entre 1948, l’année où Israël est devenu un Etat, et 1982 à Sabra et Chatila. Plus j’en apprenais, et plus j’étais perturbée par ce que le gouvernement israélien était en train de faire, et de faire en mon nom.

Ainsi, plus je comprenais, plus je me mettais à m’exprimer publiquement contre les politiques et les pratiques du gouvernement israélien à l’égard du peuple palestinien.

Puis, en décembre 2003, je suis allée en Palestine.

Silvia Cattori : Vous n’étiez jamais allée en Israël auparavant ?

Hedy Epstein : J’y étais allée en 1981 pour participer à la première - et probablement la seule - rencontre internationale de survivants de l’holocauste. Ce ne fut pas une expérience heureuse pour moi. J’ai découvert que les survivants qui participaient à cette rencontre semblaient être en compétition les uns vis-à-vis des autres sur le point de savoir qui avait le plus souffert. Ils disaient “Où étiez-vous, dans quel camp ?”. Et, quelle que soit la réponse, la personne qui avait posé la question disait : “Oh, où vous étiez, ce n’était rien ; c’était bien pire là où je me trouvais ! ” Pourquoi se disputer pour savoir qui a le plus souffert ? Chacun d’eux avait souffert et, c’est vrai, certains d’entre eux avaient souffert plus que d’autres, mais on n’a pas à se disputer à ce sujet.

On nous a emmenés en excursion, et les gens, dans le bus, demandaient :
— “Qui vit à cet endroit ?”
— “Ce sont des Juifs”.
— “Oh, c’est magnifique, les jardins sont magnifiques. Et qui vit par ici” ?
— “Ce sont des Palestiniens”.
— “Oh, ça pue, ça sent mauvais, c’est terrible, c’est sale ”.

En fait, les fenêtres du bus étaient fermées et, même si elles avaient été ouvertes, on n’aurait rien pu sentir dans le bus. Cela me perturbait, cette sorte de discrimination et ces commentaires contre les Palestiniens qu’ils ne connaissaient même pas. Voilà pourquoi cela ne fut pas une heureuse expérience pour moi. Elle m’a laissé une très mauvaise impression, et je ne suis jamais retournée.

En septembre 2003, j’ai participé, à Saint Louis au Missouri, à une veille hebdomadaire contre la guerre en Irak. Nous avions commencé ces veilles, chaque dimanche, bien avant le début de la guerre, juste après le 11 septembre. Une de mes amies, qui se tenait à côté de moi, m’a demandé “Avez-vous jamais pensé à aller en Palestine ?”

J’ai été à la fois choquée et surprise par ma réponse qui était : “Oui, j’y vais”. En fait, je n’avais fait aucun plan pour y aller mais, peut-être que, dans ma tête, inconsciemment, j’y pensais depuis longtemps et je m’étais préparée à y aller. En décembre 2003, l’amie qui m’avait posé la question, deux autres femmes et moi-même, sommes allées en Palestine pour la première fois. J’y suis retournée en 2004, 2005 et 2006 ; et j’espère aller à Gaza cette année.

Silvia Cattori : Cela a-t-il été une expérience difficile pour vous ?

Hedy Epstein : Je n’étais vraiment pas préparée à toutes les horreurs que j’ai vues. Par exemple, j’avais entendu parler des check points. Et je pensais qu’un check point était quelque chose comme un poste de péage sur une autoroute aux Etats-Unis. Ce n’est pas du tout comme cela. Et cela devenait pire à chaque fois que je suis retournée. Ce qu’ils sont maintenant, cela me fait penser aux endroits où l’on rassemble les animaux pour les mener à l’abattoir, c’est tout aussi humiliant.

Permettez-moi de partager une expérience que j’ai eue, la première fois que je suis allée en Palestine. Nous étions à un check point près de Ramallah. Un réserviste israélien, qui devait être dans la quarantaine ou au début de la cinquantaine, m’a posé quelques questions ; il a regardé mon passeport, puis il m’a demandé si j’étais juive et je lui ai répondu que je l’étais. Puis il m’a demandé si j’étais jamais allée à Ramallah. Avant même que je puisse répondre, il m’a lancé, sur un ton très irrité : “Ne savez-vous pas que tout Juif qui va à Ramallah va se faire couper en deux ?” Et il a passé quatre fois ses mains à la hauteur de sa taille en répétant quatre fois : “Il va se faire couper en deux”.

Mais je revenais tout juste de Ramallah où j’avais séjourné dans deux familles palestiniennes différentes et où, de toute évidence, on ne m’avait pas coupée en deux. En réalité, l’hospitalité qui m’a été donnée par ces deux familles, de même que par d’autres familles palestiniennes à d’autres endroits, est sans commune mesure avec l’hospitalité que l’on m’a jamais donnée ailleurs, n’importe où dans le monde. J’ai toujours précisé, dès le début, que je suis juive, et cela n’a jamais fait la moindre différence. Qui que ce soit que j’aie rencontré, qu’il s’agisse de familles avec lesquelles j’ai vécu, ou de gens dans la rue, quand je leur disais que je suis juive, cela n’a jamais changé leur comportement. Eux, comme moi, refusaient d’être ennemis. Mes vrais ennemis ont été les Israéliens. Ce sont eux qui m’ont traitée de façon misérable et douloureuse.

Silvia Cattori : C’était un choc pour vous de découvrir que les soldats israéliens humilient et brutalisent les Palestiniens d’une façon si inhumaine ?

Hedy Epstein : C’est exact. Dans un sens, je suis triste pour les soldats israéliens qui sont en Palestine, à cause de ce que cela leur fait. Quelle sorte d’hommes vont-ils devenir quand ils quitteront l’armée ? Vont-ils maltraiter leurs enfants, leurs femmes, parce qu’ils ont pris l’habitude de maltraiter les Palestiniens ? Cela doit leur causer un mal terrible. L’occupation, et tout ce chaos quelle génère, doit cesser, non seulement dans l’intérêt des Palestiniens, mais aussi dans l’intérêt des Israéliens.

Silvia Cattori : Vous-même, n’avez-vous pas été brutalisée par des agents de police en Israël ?

Hedy Epstein : Oui, je l’ai été. Je me trouvais à l’aéroport Ben Gourion en janvier 2004. Je revenais des territoires occupés en compagnie d’une autre femme. Lorsque nous sommes arrivées à l’aéroport, le premier agent de sécurité que nous avons rencontré nous a séparées. Il a demandé à mon amie d’aller à droite, il m’a demandé d’aller à gauche. J’essayais de comprendre le sens de cet ordre et j’ai pensé que, peut-être, c’était parce que mon amie est chrétienne et que les chrétiens vont à droite et les juifs à gauche ? Quand je suis arrivée au contrôle des passeports et que j’ai donné les pièces d’identité et mon billet, l’employée qui était là a tapé quelque chose sur son ordinateur et soudainement, comme s’ils avaient surgi du sol, deux hommes se sont trouvés à mes côtés : "Nous sommes des agents de la sécurité". Comme leurs badges étaient tournés à l’envers, je leur ai demandé "Quels sont vos noms ?" mais ils sont restés silencieux.

On m’a emmenée à un endroit dont j’ai découvert par la suite qu’il s’agissait du poste de police de l’aéroport. On m’a demandé d’entrer dans une petite cabine installée dans une pièce plus grande, et j’ai dû enlever mes chaussures qui ont été emportées quelque part pour être passées aux rayons X. On m’a palpée du haut en bas, passé un détecteur sur le corps, puis on m’a demandé de me déshabiller. J’ai protesté "Vous n’avez pas le droit de me demander de faire ça, je veux un avocat" et la femme m’a répondu : "Bien sûr, vous pouvez avoir un avocat mais vous allez être détenue au centre de détention de l’aéroport jusqu’à ce que vous en ayez trouvé un".

Comment aurais-je bien pu trouver un avocat, alors qu’on m’avait pris mon téléphone portable et que je n’avais plus aucun moyen de contacter qui que ce soit à l’extérieur ? J’étais aussi préoccupée par le sort de mon amie. Etait-elle en train de subir la même chose que moi ? L’une d’entre nous devait sortir d’ici pour aider l’autre et peut-être que cela m’incombait. Alors j’ai accepté de me déshabiller. Non seulement j’ai dû me déshabiller devant cette jeune femme qui devait avoir 22 ans mais, après que ce fut fait, elle m’a demandé de me pencher en avant. Je me suis écriée : "Pourquoi ?" et elle m’a dit : "Parce que nous devons vous examiner à l’intérieur". Jamais je ne m’étais sentie aussi en colère et aussi bouleversée qu’à ce moment là. “Pourquoi faites-vous ça ?”, ai-je demandé. Elle a répondu : "Parce que vous êtes une terroriste, vous êtes un risque pour la sécurité."

Pendant ce temps, ils inspectaient chaque objet de mon bagage. Après que je sois sortie de cette cabine et que je me sois rhabillée, ils étaient encore en train de le fouiller. Ayant enfin terminé, ils m’ont dit : "Vous pouvez remballer vos affaires." J’étais si furieuse que je leur ai répondu : "Vous les avez déballées, vous les remballez."

J’observais également ce qui se passait avec d’autres gens qui étaient dans ce poste de police. Il y avait une jeune femme avec un petit bébé d’environ sept ou huit mois. Alors qu’ils fouillaient ses bagages, le bébé s’est mis à pleurer et elle voulait le calmer en lui donnant de la nourriture qu’elle avait prise avec elle. Ils ont refusé de la laisser nourrir le bébé. Je lui ai parlé brièvement et elle m’a dit : "Je suis israélienne, je suis juive, je suis née en Israël mais je vis en Angleterre et, probablement, ce qui m’arrive, à moi et à mon bébé, est une punition qu’on m’inflige parce que j’ai quitté Israël".

Silvia Cattori : Pourquoi ces policiers vous ont-ils traitée d’une façon aussi humiliante ? Ont-ils voulu vous punir parce que vous avez pris le parti de leurs victimes ?

Hedy Epstein : Probablement pas seulement parce que je suis allée en Palestine, mais à cause de ce que j’y ai fait et de ce que j’y ai vu. J’ai participé à des manifestations contre l’occupation et cela fait de moi, je suppose, un risque pour la sécurité, donc une terroriste. La résistance pacifique et non violente, les Israéliens considèrent généralement que c’est du terrorisme. Et pourtant, ce qu’ils font en réponse à la résistance pacifique et non violente, c’est cela le vrai terrorisme, parce qu’ils lancent des gaz lacrymogènes sur les manifestants, qui sont des Israéliens, des Palestiniens et des internationaux. Ils utilisent ce qu’ils appellent des balles en caoutchouc, mais ce ne sont pas des balles en caoutchouc, ce sont des balles métalliques enrobées d’une très fine couche de caoutchouc qui peuvent vous tuer ; ils utilisent aussi de la munition de guerre et des canons à eau.

J’ai fait l’expérience de tout cela, bien entendu, quand, en 2005, j’ai participé à nouveau à une résistance non violente dans le village de Bi’lin, en Palestine. Une bombe assourdissante a explosé juste à côté de moi, ce qui m’a fait perdre partiellement l’ouïe.

Mais ce n’est pas grand-chose comparé à ce que les Palestiniens doivent endurer chaque jour, chaque nuit, à chaque minute. Ils sont dans une prison, ce sont des prisonniers. Moi, je peux partir chaque fois que je le veux. Les agents de la sécurité israélienne peuvent bien me retenir pendant quelques heures à l’aéroport mais, au bout du compte, je peux partir.

Silvia Cattori : Comment ont-ils pu faire subir tout cela à une charmante lady comme vous ? En êtes-vous ressortie bouleversée par leur violence à votre égard ?

Hedy Epstein : Oui. Mais les mauvais traitements qu’ils m’ont infligés ne vont pas m’arrêter. Ils voulaient peut-être me décourager de revenir en Palestine mais, bien sûr, je suis revenue, et je vais encore revenir.

Silvia Cattori : Après cette pénible épreuve, lorsque, à votre retour aux Etats-Unis, vous avez raconté ce que vous aviez vu, les gens vous ont-ils cru ?

Hedy Epstein : Certains ont cru à ce que je disais mais, à côté de ceux-là, au sein du courant dominant de la communauté juive, il y a ceux pour qui Israël est toujours la victime, et les Palestiniens toujours les terroristes. Ils ne comprennent pas réellement, ils ne posent pas réellement de questions, et ils ne veulent pas savoir ce qui se passe en réalité. J’ai pris un engagement vis-à-vis des Palestiniens que j’ai rencontrés, et qui m’ont tous demandé "Quand vous serez rentrée aux Etats-Unis, s’il vous plaît, dites au peuple américain ce que vous avez vu et quelle a été votre expérience".

J’ai donc pris cet engagement et je saisis chaque occasion de parler de ce que j’ai vu et de l’expérience que j’ai vécue. Parce que le peuple américain ne sait pas. Il y a des gens, au sein de ce courant dominant de la communauté juive, qui veulent me faire taire. Mais cela n’arrivera pas. Ils peuvent bien me décrier mais je vais honorer mon engagement à l’égard des Palestiniens.

Silvia Cattori : En tant que survivante de l’holocauste, n’est-il pas plus inconfortable de dénoncer la brutalité exercée par les occupants israéliens contre le peuple palestinien ?

Hedy Epstein : Je n’ai jamais été dans un camp grâce au sacrifice de mes parents qui m’ont fait sortir d’Allemagne et, de ce fait, je n’ai jamais eu la pire sorte d’expérience que les survivants ont eue, mais je sais ce que cela signifie que d’être en butte à la discrimination. Je connaissais les intentions meurtrières d’Hitler entre 1933 et 1939, période pendant laquelle mon père fut envoyé dans le camp de concentration de Dachau, en 1938. Il en était revenu, après quatre semaines, mais ce n’était plus le père que j’avais connu : c’était un vieil homme brisé.

Et, parce que je sais ce que cela signifie, je me sens le devoir et la responsabilité de combattre les injustices dont sont victimes d’autres gens. Il y a des problèmes partout dans le monde et je ne puis pas tout faire ; mais j’ai décidé que le traitement infligé par le gouvernement israélien au peuple palestinien était une situation grave contre laquelle je devais protester ; et je vais continuer de faire tout ce que je peux.

Pour les survivants de l’holocauste, la devise a toujours été "Plus jamais ça", et "Se souvenir". Et, en ce qui concerne "Se souvenir", j’ai certainement fait ma part. Mais "Se souvenir" doit aussi inclure une perspective pour le présent et pour l’avenir. On ne peut pas s’arrêter à "Se souvenir" et à dire "Plus jamais ça" en entendant par là, probablement : seulement pour les juifs. Quand je me suis trouvée à côté de ce terrible mur de béton haut de 25 pieds qu’Israël a construit, j’ai pensé : Mon Dieu, voilà ce que les juifs sont en train de faire, les juifs qui autrefois étaient enfermés derrière des murs sont en train de construire un mur, et de mettre les Palestiniens derrière ce mur, et de détruire en même temps des bâtiments, des maisons, des puits palestiniens. Mais ils ne pourront jamais détruire l’espoir des Palestiniens, parce que ce peuple est étonnamment endurant et courageux.

Silvia Cattori : J’imagine qu’après ces découvertes douloureuses, votre vie a été bouleversée ! Et que vous éprouvez aujourd’hui le besoin de retourner sur les lieux de ce traumatisme ?

Hedy Epstein : Oui. J’ai besoin de retourner là bas pour tester ce qu’Israël affirme quand il dit qu’il n’occupe plus Gaza, que Gaza est libre. Si vraiment les forces israéliennes ne sont plus à Gaza, je devrais pouvoir y aller cet été. Et si je suis empêchée d’y aller, ou si j’ai des difficultés à y aller, cela dévoilera aux yeux du monde le mensonge que les autorités israéliennes essayent d’accréditer en disant qu’ils ne sont plus à Gaza. S’ils n’y sont plus, pourquoi m’empêcheraient-ils d’y aller ? C’est une manière de test.

Silvia Cattori : Pensez-vous que les choses vont aller de mal en pis, que rien ne changera tant que le mouvement de solidarité n’adoptera pas des mesures plus ferme envers Israël ?

Hedy Epstein : Vous ne savez jamais si ce que vous faites va avoir un résultat. Donc vous devez continuer d’essayer, ne pas abandonner, tenter quelque chose de différent, et cette action est certainement originale. Elle peut être à même d’attirer l’attention des citoyens du monde et, peut-être pour la première fois, ouvrir leurs yeux, leurs oreilles et leurs esprits pour qu’ils voient ce qui se passe réellement à Gaza.

Silvia Cattori : La plupart de ceux qui s’expriment sur ce qui se passe en Palestine se voient fréquemment accusés par les pro-israéliens d’être des « antisémites » ; avez-vous tenté d’expliquer qu’il s’agit là d’un comportement erroné ?

Hedy Epstein : Je pense que, pour les chrétiens et les musulmans, mais particulièrement pour les chrétiens, c’est très difficile, beaucoup plus difficile que pour moi qui suis juive. S’ils dénoncent les politiques et les pratiques du gouvernement israélien, ils se voient automatiquement qualifiés d’antisémites. Alors qu’il est ridicule de me qualifier d’antisémite ; je suis sémite, alors pourquoi serais-je contre moi-même ? Cela est également vrai pour les Arabes. Ils SONT sémites. Mais, pour les chrétiens, je pense que c’est très difficile, beaucoup plus difficile, parce qu’il est vrai que certains chrétiens ont été antisémites ; ainsi, quand ils critiquent ce que fait Israël, cela fait automatiquement d’eux des antisémites aux yeux de certains juifs.

Silvia Cattori : Que dites-vous à ceux qui vous accusent « d’antisémitisme » ?

Hedy Epstein : Je n’ai pas réussi à atteindre beaucoup d’organisations juives ; elles ne veulent pas m’entendre. Je ne suis donc pas parvenue à leur faire entendre ce qu’Israël commet en leur nom. Quand j’ai été invitée à parler à des groupes chrétiens, ou à des groupes non juifs, ou à des groupes musulmans, j’ai toujours été reçue avec beaucoup d’affection, de politesse, et d’amitié.

Silvia Cattori : J’ai compris que votre grande préoccupation est d’essayer de rendre les gens de confession juive, et les organisations juives qui s‘alignent sur Israël, plus conscients du fait qu’ils vont dans la mauvaise direction en refusant de reconnaître les souffrances des Palestiniens et leur droit à la dignité ?

Hedy Epstein : S’ils aiment réellement Israël, comme ils le disent, et qu’ils veulent assurer son avenir, ils devraient ouvrir leurs yeux et leurs esprits, et voir ce qu’Israël est en train de faire, et à quel point ce qu’il fait est néfaste. Si les Israéliens veulent vivre en sécurité, ils doivent changer de cap, arrêter les discriminations et les attaques contre le peuple palestinien ; et alors les deux peuples pourront vivre en paix et en harmonie. C’est réellement ce que la plupart d’entre eux souhaitent, mais Israël bloque toujours le chemin, avec le soutien de la communauté juive américaine et du gouvernement américain. Ce qu’ils font est une erreur ; cela va à sens contraire de ce qu’ils veulent obtenir.

Silvia Cattori : Vous attendez-vous à toucher le cœur des Israéliens par cette expédition en mer à laquelle vous aller vous joindre ? Pensez-vous que la plupart d’entre eux vont comprendre finalement que quelque chose doit changer, que la brutalité ne va rien résoudre ?

Hedy Epstein : Lorsque j’étais en Palestine, j’ai rencontré des soldats israéliens et j’ai saisi chaque occasion pour essayer de leur parler, de les interroger sur eux-mêmes, de leur demander qui ils étaient, ce qu’ils étaient en train de faire, et pourquoi ils le faisaient. J’ai essayé de les amener à parler d’eux-mêmes et de ce qu’ils éprouveraient si ce qu’ils font à d’autres concernait un membre de leur famille, leur grand-mère ou leur père, en leur disant : qu’éprouveriez-vous, et si vous ne voudriez pas que cela vous arrive, ne le faites pas à d’autres.

Silvia Cattori : Etaient-ils parfois disposés à vous écouter ?

Hedy Epstein : Un seul soldat m’a dit "Je vais y réfléchir". S’il l’a fait ou pas, je ne le saurai jamais. Mais laissez-moi vous raconter une expérience amusante que j’ai eue avec un soldat israélien. Plusieurs d’entre nous essayaient de se rendre quelque part en Palestine. C’était un groupe qui faisait un film, auquel je m’étais jointe. Le matin, avant notre départ, nous avons déposé nos sacs à dos dans le car. J’ai aperçu un ballon de football dans le véhicule et j’ai demandé "Pourrais-je emprunter ce ballon ?"

Ils m’ont dit "Oui, mais que voulez-vous en faire ?" Je leur ai répondu "Je ne sais pas" et ils m’ont dit "Prenez-le". Ainsi, je me promenais avec ce ballon dans les mains quand nous sommes tombés sur un check point volant. Un check point volant n’est pas un check point régulier ; ce sont quelques jeeps mises en place par les soldats à l’improviste pour bloquer la route et ne laisser passer personne. A nous tous qui étions Américains le soldat a dit que nous pouvions passer, mais pas le preneur de son. Il était Palestinien bien qu’ayant une carte d’identité israélienne, et il n’était pas autorisé à passer. Nous avons commencé à mendier et à plaider en sa faveur. Mais le soldat continuait à répéter "Non, il ne peut pas passer, le reste d’entre vous peut passer mais pas lui", et ainsi nous nous trouvions dans une impasse parce que nous n’allions pas partir sans lui. C’est alors que j’ai lancé le ballon au soldat qui me l’a relancé. Nous nous sommes renvoyé ce ballon pendant un petit moment et, soudain, le soldat a dit "OK, le preneur de son peut passer". C’était une fin heureuse mais qui montre aussi tout l’arbitraire de la décision.

Silvia Cattori : Cela vous rend optimiste sur les êtres humains ?

Hedy Epstein : Eh bien, je peux vous dire que j’aurai une balle avec moi quand j’irai à Gaza. Pas un ballon de football, mais une petite balle.

Silvia Cattori : Vous serez donc sur l’eau cet été avec votre balle, en voyage pour Gaza. Ne craignez-vous pas que l’armée israélienne ne vous refoule brutalement ?

Hedy Epstein : Non. Les Israéliens m’ont déjà fait subir le pire quand ils m’ont « examinée à l’intérieur » à l’aéroport Ben Gourion, en janvier 2004. C’était le pire, et ils ne pourront jamais me faire sentir plus mal qu’ils l’ont fait alors. Cette fois, ils auront à fouiller 70 personnes.

Source : Mondialisation.ca


Notes

1) http://www.hedyepstein.com/

2) www.freegaza.org

3) http://www.counterpunch.org/cattori06072007.html


UN DEVOIR DE MEMOIRE

(...) En 1099, les Croisés ont conquis Jérusalem et massacré sans discrimination ses habitants musulmans et juifs, au nom du doux Jésus. A l’époque, après 400
ans d’occupation de la Palestine par les musulmans, les chrétiens étaient encore majoritaires dans le pays.

Tout au long de cette longue période, on n’avait rien fait pour leur imposer l’islam. Ce n’est qu’après l’expulsion des Croisés que la majorité des habitants ont commencé à adopter la langue arabe et la foi musulmane - et ils étaient les ancêtres de la plupart des Palestiniens d’aujourd’hui.

Il n’y a absolument aucune preuve d’une tentative d’imposer l’islam aux juifs. Comme on le sait, sous l’administration musulmane, les juifs d’Espagne ont
connu un épanouissement tel qu’ils n’en ont jamais connu ailleurs presque jusqu’à notre époque. Des poètes comme Yehuda Halévy écrivaient en arabe, comme
le grand Maïmonide. Dans l’Espagne musulmane, des juifs étaient ministres, poètes, scientifiques. Dans la Tolède musulmane, des érudits chrétiens, juifs et musulmans travaillaient ensemble et traduisaient les anciens textes philosophiques et scientifiques grecs. C’était vraiment l’Age d’or. Comment cela aurait-il été possible si le Prophète avait décrété la « propagation de la foi par l’épée » ?

Ce qui s’est passé par la suite est encore plus parlant. Quand les catholiques ont reconquis l’Espagne sur les musulmans, ils ont institué un règne de terreur
religieuse. Les juifs et les musulmans se sont trouvés face à un choix cruel : devenir chrétiens, être massacrés ou partir. Et où sont donc partis les centaines de milliers de juifs qui refusaient d’abandonner leur foi ? Presque tous ont été reçus à bras ouverts par les pays musulmans. Les juifs séfarades (espagnols) se sont installés dans tout le monde musulman, du Maroc à l’ouest à l’Irak à l’est. De la Bulgarie (alors partie de l’Empire ottoman) au nord au Soudan au sud. Nulle part ils n’ont été persécutés. Ils n’ont rien connu de tel que les tortures de l’Inquisition, les flammes de l’autodafé, les pogroms, les terribles expulsions de masse qui ont eu lieu dans presque tous les pays hrétiens jusqu’à l’Holocauste.

(...) Tout juif honnête qui connaît l’histoire de son peuple ne peut que ressentir une profonde gratitude envers l’islam qui a protégé les juifs pendant cinquante générations, tandis que le monde chrétien persécutait les juifs et avait essayé maintes fois « par l’épée » de les obliger à abandonner leur foi.
(...)

Uri Avnery

Extrait de : "GUERRE DU LIBAN, UN ISRAELIEN ACCUSE",
Editions L’HARMATTAN (12€)

Cité sur le site france-palestine.org


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