ACDN - Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire
logo ACDN banniere ACDNVisiter ACDN
Accueil-Home ACDN Contact ACDN Consulter le plan du site - SiteMap Other Version
vous etes ici Accueil > Actualités > Autres sources > Sauver l’Institut Belrad
Qui sommes-nous ?

Comment nous aider
Diffuser l’information
Faire un don

Actualités
Les lettres d’ACDN
Communiqués
Autres sources
Articles d’actualité
Elections 2017

Actions
2e RID-NBC
3e RID-NBC (9-11 mai 2008)
Campagne "Ultime Atome !"
Grève de la faim pour un référendum
Pour un Monde Vivable

Dossiers
Big Brother

Pétitions

Correspondance
France
International

Médias

Albums

Varia
Liens
Quiz

Elections
Elections 2007
Elections 2012

Vidéos

Sauver l’Institut Belrad
par Wladimir Tchertkoff


Publié le 12 septembre 2006

A la mémoire de Solange Fernex, décédée d’un cancer ce 11 septembre 2006.

ACDN


Après vingt ans de luttes pour protéger les enfants contre la radioactivité et faire connaître la vérité sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, Vassili Nesterenko risque de devoir fermer son institut par manque de financements. Ce serait une perte irréparable. L’Institut de radioprotection Belrad est la seule source indépendante d’informations sur les pathologies dans les régions contaminées par le plus grand accident technologique de l’Histoire et la seule structure à essayer d’améliorer la santé des habitants de ces régions.

Un crime scientifique programmé se perpétue depuis 20 ans au cœur de l’Europe sous de hautes responsabilités, dans l’indifférence générale et la désinformation. Dans la seule Biélorussie deux millions de paysans, dont plus de quatre cent mille enfants, sont condamnés à se nourrir avec des aliments contaminés par le césium radioactif et à souffrir de toutes les maladies ignorées de l’atome. Ils ne comprennent pas pourquoi le monde riche et technologiquement avancé se détourne de leur cauchemar, alors que ce dont ils sont atteints menace tous les habitants de la planète. La réponse à leur étonnement existe et elle est révoltante.

Peu de gens savent qu’un accord signé entre l’Organisation Mondiale de la Santé et l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), empêche l’OMS d’agir librement dans le domaine nucléaire si elle n’a pas l’assentiment de l’AIEA. Formée de physiciens et non de médecins, cette dernière, dont l’objectif principal est la promotion des centrales atomiques dans le monde, est la seule agence spécialisée des Nations Unies qui dépende directement du Conseil de sécurité. Elle impose son diktat à l’OMS, qui, soumise, n’a rien fait à Tchernobyl. Par un détournement piloté de la vérité scientifique le lobby nucléaire et la médecine officielle internationale condamnent sciemment des millions de cobayes humains (Kofi Annan parle de 9 millions de personnes atteintes) à expérimenter dans leur corps des pathologies nouvelles dans le vaste laboratoire formé par les territoires contaminés de Tchernobyl. Les experts observent les habitants, mais ne les protègent pas.

Peu de gens savent qu’en août 1986, quatre mois après l’accident, les Occidentaux ont obligé les Soviétiques, au cours d’une réunion houleuse tenue à huis clos à Vienne, à diviser par dix leurs prévisions sur les conséquences sanitaires de la catastrophe, soit quatre mille cancers mortels au lieu de quarante mille dans les seuls territoires européens de l’URSS. Les témoignages et les documents que nous avons recueillis en 15 ans d’enquêtes dans ces territoires accusent les plus hautes instances institutionnelles et scientifiques mondiales d’un crime prémédité à Tchernobyl : crime contre l’humanité et crime contre la vérité scientifique.[1]

L’opinion publique mal informée reste paralysée par l’impuissance, elle n’y pense plus pour échapper à l’angoisse. Car la vraie question est : que pouvons-nous faire ? Franz Weber, en se référant aux armes à l’uranium appauvri utilisées massivement par l’armée américaine, vient de publier dans son Journal une vibrante invective contre les « lâches opportunistes aux postes clés de l’ONU qui taisent le crime »[2]. Mais que faire devant les terribles photographies qu’il publie des malformations et des blessures profondes chez les nouveaux-nés irakiens, les mêmes qu’on voit chez les enfants américains dont les pères ont combattu la guerre du Golfe ? (En l’an 2000, sur les 580.000 hommes engagés dans cette guerre, 325.000 ont été déclarés en infirmité médicale permanente.) Nous observons les mêmes effets chez les enfants des « liquidateurs » oubliés (un million d’hommes), qui ont éteint l’incendie de Tchernobyl et construit au-dessus des ruines un « sarcophage » instable dans des conditions de radioactivité terrifiante ; les mêmes dans les Balkans et en Afghanistan. Quelle action est possible pour arrêter cet assassinat délibéré de la vie sur terre ? Comment imposer la vérité aux lâches opportunistes de la science officielle nucléaire et médicale ? Car ce sont eux, les « experts », qui couvrent l’indifférence irresponsable des gouvernements.

Or, l’action appropriée existe. Elle a commencé étonnamment il y a 20 ans, grâce à quelques hommes courageux et honnêtes. Fragile, peu connue, soutenue par des citoyens occidentaux et par quelques associations, elle n’est pas assurée de durer car ses moyens se sont affaiblis au cours des années face à l’énorme pouvoir d’influence du lobby nucléaire.

Dans les heures qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl, un homme s’est révolté contre le mensonge d’État au prix de sa carrière et de sa sécurité personnelle. Membre de l’Académie des Sciences du Belarus, physicien de niveau international, Vassili Nesterenko avait accès en Union Soviétique aux villes interdites pour raisons militaires. Tchernobyl a bouleversé sa vie. Svetlana Alexievitch raconte[3] comment lors d’une conférence d’experts soviétiques il avait pris la parole pour souligner l’urgence d’éva­cuer la population à au moins 100 kilomètres à la ronde, de distri­buer des dosimètres et des tablettes d’iode, de sauver les enfants. « La salle était restée inerte, chacun ju­geant qu’il exagérait. Il avait insisté, bataillé. L’auditoire était resté sceptique. Quand il avait vu que ses efforts étaient vains, que chacun faisait mine de croire à une situation "normale", comme le proclamait la propa­gande, des larmes de rage s’étaient mises à couler sur son visage... " Cet homme, il fallait que je le ren­contre", conclut Svetlana Alexievitch. ».[4] Face à l’inaction et aux mensonges du gouvernement soviétique, par un geste d’une témérité inouïe, Nesterenko décida d’arrêter, sans le moindre aval de ses supérieurs, les travaux scientifiques de l’Institut de l’énergétique nucléaire de la Biélorussie, qu’il dirigeait. A la place, il mit tout son personnel à contribution pour étudier les conséquences de Tchernobyl et pour élaborer une politique d’aide aux populations sinistrées. Naturellement, il fut limogé et il a subi les pressions du KGB. Il a échappé à deux attentats.

En 1990, il crée avec le soutien de Andrei Sakharov l’institut indépendant de radioprotection "Belrad" pour venir en aide aux enfants des territoires touchés par les retombées radioactives. Dans les villages les plus contaminés du Belarus il organise 370 Centres locaux de contrôle radiologique (CLCR), où il forme à la radioprotection les médecins, les enseignants, les infirmières du lieu : il met gratuitement à la disposition des populations des zones contaminées les moyens de contrôler la radioactivité des produits alimentaires. Les centres sont installés dans des écoles, des mairies ; des récipients en plomb permettent de mesurer en quelques minutes le nombre de becquerels (Bq) par kilo de nourriture : lait, légumes, fruits, farine, viande. Lorsque les échantillons dépassent les normes légales, cela est notifié, avec la recommandation de ne pas les consommer et surtout de ne pas en donner aux enfants. Financés d’abord par le Comité Tchernobyl du gouvernement pendant la brève période de "démocratisation", aujourd’hui, en 2006, suite à la reprise en mains de la situation par le lobby atomique les CLCR sont réduits au nombre de vingt, soutenus par des ONG occidentales.

En 1994, « Belrad » acquiert en Ukraine, avec l’aide d’ONG occidentales, des fauteuils mobiles pour l’anthropogammamétrie humaine et les perfectionne. Ces spectromètres mesurent la radioactivité dans le corps humain et sont reliés à un ordinateur qui enregistre les rayonnements gamma spécifiques des radionucléides incorporés : le césium 137, mais aussi le potassium. Les équipes mobiles peuvent atteindre, par petites routes, les villages et hameaux les plus reculés. Il y a 911 écoles et 810 jardins d’enfants dans les zones contaminées du Bélarus. Les données stockées sont publiées régulièrement dans un document distribué aux autorités sanitaires nationales, régionales et locales ainsi qu’aux familles.

Nesterenko est le seul scientifique qui mesure systématiquement la radioactivité artificielle interne. Ses mesures ont révélé des contaminations huit fois plus élevées que celles que publie le Ministère de la santé biélorusse, qui a tenté de le bloquer. Son activité étant légale, il n’a pas réussi à le faire plier.[5] En 12 ans, 284 000 enfants ont été mesurés par « Belrad », parmi lesquels seulement 10-15% ne nécessitaient pas de radioprotection obligatoire.

En 1996, Nesterenko adopte avec succès l’additif alimentaire à base de pectine de pommes recommandé par le Ministère de la santé ukrainien comme adsorbant du césium137 (Cs137). En un mois de traitement la charge en radionucléides de l’organisme de l’enfant peut baisser de 60-70%.

Beaucoup de familles occidentales invitent chaque année des enfants pendant la période des vacances. Pour continuer à purifier et à protéger contre les radionucléides l’organisme d’un enfant qui s’en est partiellement libéré lors d’un séjour à l’étranger, il suffit d’une somme d’environ 110 € par an : c’est le coût de l’adsorbant à base de pectine et de mesures de la contamination de l’organisme de l’enfant. Mais la pectine seule ne suffit pas. Le séjour à l’étranger est nécessaire, mais pas suffisant. En combinant les deux méthodes, il est possible de tenir l’enfant hors du danger de lésions graves à l’organisme par contamination. Les enfants pris au piège en Bélarus sont 500 mille, ce qui fait 55 millions d’Euros. Cet argent n’existe pas. Le coût de deux journées de guerre des pays riches contre Belgrade (400 millions, estimation de la banque américaine Merryl Lynch) couvrirait un peu plus de 7 ans de soins. L’argent existe pour tuer, pas pour faire vivre.

Dans la même période, Nesterenko fait la connaissance du professeur Youri Bandajevsky, qui effectue, depuis 1991, à l’institut médical de Gomel qu’il dirige, des recherches sur les pathologies nouvelles chez les habitants des territoires contaminés. Il découvre que la fréquence et la gravité des altérations morphologiques et fonctionnelles du cœur augmentent proportionnellement à la quantité de césium radioactif incorporé dans l’organisme. Une nouveauté scientifique lourde de conséquences. Il décrit la "cardiomyopathie du césium" : troubles cardiaques chez le petit enfant, chez l’adolescent et l’adulte, avec atteinte dégénérative du myocarde. La mort subite survient à tous les âges. Y. Bandajevsky et son équipe décrivent des "processus pathologiques interdépendants tant au niveau du cœur, du foie, des reins, des organes endocriniens, que du système immunitaire. Au-delà de 50 Becquerels par kilo de poids du corps, des lésions irréversibles apparaissent dans les organes vitaux. A partir de 1996, l’Institut "Belrad" et l’Institut de médecine de Gomel travaillent en parallèle. Les deux instituts montrent qu’avec un régime alimentaire pauvre en Cs137 chez l’enfant et l’animal de laboratoire, on peut éviter des dommages irréversibles au niveau des organes vitaux. Des voies de recherche totalement nouvelles pour la science sont ouvertes.

Les travaux des deux scientifiques constituent un cauchemar pour les « experts » du lobby nucléaire. Ils représentent l’écueil imprévu pour leur stratégie de l’ignorance et remettent la recherche scientifique à sa place au centre du laboratoire à ciel ouvert de la plus grande catastrophe technologique de l’histoire. Ils ne sont évidemment pas les seuls à comprendre de quoi il s’agit, mais ils sont les seuls à se trouver au cœur du territoire contaminé, au milieu des problèmes sanitaires, politiques et humains dont la catastrophe de Tchernobyl est porteuse. Les seuls à faire montre d’une détermination absolue à rester fidèles à leur honneur et à l’honneur de la science, face au malheur de leur peuple. Ils résistent - Vassili Nesterenko depuis vingt ans, Youri Bandajevsky depuis seize, en butte à des difficultés extrêmes. En plus des calomnies et des obstacles continuels que les serviteurs du lobby, en particulier allemands et français[6], créent à l’Est comme à l’Ouest pour bloquer leur action et museler la presse, les financements de la Commission Européenne (Tacis) sont systématiquement refusés aux projets de radioprotection des enfants présentés à plusieurs reprises par V. Nesterenko[7].

Des coïncidences objectives surgissent parfois dans l’Histoire dont les effets réels et symboliques s’avèrent inversement proportionnels à l’apparente fragilité des protagonistes. Quelque chose de semblable, peut-être une chance à ne pas perdre, se trouve en ce moment au coeur du drame de Tchernobyl. En soutenant humainement, politiquement, financièrement les travaux de ces deux scientifiques exceptionnels, les sociétés civiles occidentales d’Europe et des Etats-Unis ont l’occasion unique, en s’unissant dans un effort authentiquement humanitaire, d’attaquer de front le sancta sanctorum des politiques suicidaires de décideurs incontrôlés, qui font courir des risques majeurs à l’humanité entière. L’objectif essentiel n’est pas la mort de l’industrie nucléaire en tant que telle qui, de toutes façons, est condamnée après la catastrophe de Tchernobyl dont elle ne sait se défendre que par le mensonge et le secret. L’objectif prioritaire des deux scientifiques et de ceux qui les soutiennent est la vérité scientifique matériellement assurée et librement partagée. Plus que jamais dans le domaine de l’atome, l’indépendance de la recherche et de la connaissance sont nécessaires à la survie de l’humanité. « Chaque être humain a le droit de savoir tout ce qui a trait à sa santé, à la santé de ses enfants et de ses proches, ce qu’il faut éviter et pourquoi »[8]. Que ces deux hommes existent et résistent là où ils se trouvent, ressemble à une chance fragile à ce moment de l’Histoire.

Dans la perspective d’une réponse proportionnée au désastre les aides des ONG ne peuvent pas suffire. Seules de grandes fondations comme celle de Bill Gates ou de Teresa Heinz Kerry par exemple, pourraient être à la hauteur du défi représenté par la catastrophe sanitaire de Tchernobyl, elles pourraient élargir l’aide aux populations et faire pression sur la politique des États. Nous invoquons l’aide de ces fondations.

Entre-temps, l’Institut "Belrad" se débat pour survivre dans de grandes difficultés économiques. Ses financeurs sont de modestes citoyens européens, adhérents d’ONG, qui défendent l’environnement et la santé. Pour continuer à le maintenir en vie, nous prions les personnes, qui ne veulent pas voir disparaître cette seule source d’information et de radioprotection indépendante, à envoyer les chèques à l’adresse de notre association ou de verser les sommes sur son compte bancaire :

« Enfants de Tchernobyl Bélarus » [9]

20 rue Principale, 68480 Biederthal (France)

Compte bancaire : 00029876060, Crédit Mutuel, 68220 ‑ Leymen, France

Président : Docteur Michel Fernex, Professeur émérite, Faculté de Médecine de Bâle, ex-membre de Comités Directeurs de TDR (Programme spécial de Recherche pour les Maladies Tropicales), OMS

Vice-président : Professeur Vassili Nesterenko, Directeur de l’Institut "Belrad", Docteur ès sciences techniques, membre correspondant de l’Académie des sciences de la République du Bélarus,

Wladimir Tchertkoff

Wladimir Tchertkoff, d’origine russe et de nationalité italienne, longtemps journaliste pour la Rai puis la Télévision de la Suisse italienne de Lugano, a réalisé plus de soixante-dix documentaires dont cinq consacrés aux territoires contaminés par Tchernobyl. Il est également secrétaire de l’association « Les Enfants de Tchernobyl Bélarus ». Auteur de « Le crime de Tchernobyl. Le goulag nucléaire » Éd. Actes Sud.


[1] « Le crime de Tchernobyl - Le goulag nucléaire », Actes Sud, avril 2006.

[2] Fondation Franz Weber et Helvetia Nostra - N° d’avril, mai, juin 2006. http://www.ffw.ch

[3] « La Supplication » (Lattès),

[4] Cité par Nathalie Nougayrède, Le Monde, 20 mai 2000

[5] « Le crime de Tchernobyl » 3ePartie, Ch. 5. p.289 - MINZDRAV ENVOIE UN ULTIMATUM À NESTERENKO

[6] Ibid. 3e Partie Ch. 6. p.309 CALOMNIES CONTRE LA RADIOPROTECTION et 4e Partie p.339, Ch. 1, 2, 3

[7] Ibid. 3e Partie pp. 317-324.

[8] John W. Gofman - Chernobyl accident, Radiation consequences for this and future generations. 1993

[9] http://enfantsdetchernobylbelarus.doubleclic.asso.fr


L'argent est le nerf de la paix ! ACDN vous remercie de lui faire un DON

Autres versions
print Version à imprimer
pdfVersion PDF


Partager via les réseaux sociaux

Dans la même rubrique

La Coalition des Clowns Psychopathes
Paix, Salam, Shalom, Peace ! Le manifeste de la jeunesse de Gaza...
Intervention de Michel Rocard à la rencontre de Global Zero
La Russie officielle célèbre 60 ans de nucléaire militaire et civil.
Une marée noire en Chine, une catastrophe en France, passées inaperçues
Discours du Président Obama à Hiroshima le 27 mai 2016
Iter, le naufrage
Le défi du désarmement : choisir entre non-violence et non-existence
EDF veut-il censurer le Journal de l’énergie ?
Le « petit » problème nucléaire de la Grande-Bretagne

navigation motscles

Solange & Michel Fernex
Vasily Nesterenko
Wladimir Tchertkoff

visites :  881383

Accueil | Contact | Plan du site | Admin |

Site réalisé avec SPIP
design et fonction Easter-Eggs