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Saintes et Notre Dame des Landes, le 10 juillet 2012
Lettre à François le Terrible
Président de la République Française


Publié le 11 juillet 2012

Monsieur le Président,

« Le changement, c’est maintenant », disiez-vous. De fait, vous auriez pu changer le cours de l’histoire. Vous ne l’avez pas fait. Tel est le regrettable motif de la présente lettre. Je l’adresse aux rédactions des organes dits d’information nationale, qui, sauf honorable exception, ne la publieront pas, comme à leur habitude. L’omerta médiatique vous protège encore, mais pas devant l’Histoire.

Vous nous avez menti. Et vous faites mentir vos "collaborateurs", comme aurait dit un autre.

Le 22 janvier 2012, au Bourget, vous affirmiez devant 15 000 personnes : "Mon secret, que j’ai gardé depuis longtemps, le voici : j’aime les gens quand d’autres sont fascinés par l’argent." Pourtant, un mois plus tôt, vous intituliez une tribune libre parue dans Libération : "Dissuasion nucléaire : je maintiendrai". Elle s’achevait ainsi : "Même si elle ne doit jamais cesser de s’adapter, je serai le garant de la capacité de dissuasion nucléaire de la France. C’est une prérogative spécifique du président de la République : je la revendique et l’assume pleinement."

Mais que signifie concrètement cette "prérogative présidentielle" que vous n’avez cessé de revendiquer avant comme après votre élection, jusqu’à ce honteux 4 juillet 2012 où l’on vous a hélitreuillé à bord du "Terrible", notre quatrième Sous-marin Nucléaire Lanceur d’Engins de Nouvelle Génération, capable d’"arroser" avec un seul missile - il en compte 16 à bord - et ses six "têtes nucléaires" - il en compte 96 - la population de Pékin comme celle de Shanghaï ?

Votre Premier Ministre déclarait la veille à l’Assemblée nationale : "Face aux grands enjeux internationaux, la France jouera pleinement son rôle et tiendra le langage que le monde a appris à aimer d’elle. (...) La France n’est écoutée et respectée que quand elle est fidèle à elle-même. Respect des droits de l’homme, justice, solidarité à l’égard des pays en développement, dialogue avec les pays émergents ...et bien sûr soutien à ceux qui luttent pour la démocratie partout dans le monde : telles sont les pierres angulaires de notre politique étrangère." Sans oublier le Terrible, autre pierre angulaire de ce langage de paix tenu à nos amis Chinois et autres "émergents" par le pays de Tartufe !

Une fois descendu du ciel par mer belle (c’est plus sûr), vous avez, nous dit-on, félicité les sous-mariniers pour leur "professionnalisme", dit votre fierté d’être leur chef suprême, et assisté à un simulacre de tir du missile M51. En quoi consiste donc leur profession ? A se tapir au fond des océans dans l’attente de l’ordre qui les conduira à anéantir des millions de civils à l’autre bout du monde. Puis à attendre que le chef de l’Etat ainsi frappé en fasse autant à la population française.

Ce criminel non-sens vous autorise-t-il à prétendre que vous aimez les gens ? Même si - peut-être - vous n’êtes pas comme d’autres fasciné par l’argent, vous l’êtes assurément par le pouvoir que ces armes vous donnent de massacrer des millions de personnes sans avoir à en rendre compte à aucun tribunal, ni avant, ni après la commission du crime ! Excluant même de consulter le peuple qui vous a fait roi, vous vous placez au-dessus des lois de l’Humanité, de la République, de la Constitution, qui vous intiment le respect du droit international, notamment de l’article 6 du Traité de Non Prolifération.

Le 25 juin dernier, vos policiers ont refoulé loin de votre Palais, où on leur avait pourtant annoncé qu’ils seraient reçus, les deux grévistes de la faim dont j’étais, venus vous demander d’organiser un référendum sur la participation de la France à l’abolition des armes nucléaires. En témoignent les images diffusées le soir même par France 3, dont la caméra fut ensuite interdite de filmer.

Ainsi votre Palais est-il, comme votre « domaine réservé », interdit à votre peuple. Le 5 juillet, en revanche, vous y receviez M. Ali Bongo, digne fils de son père, porteur de contrats lucratifs et de promesses d’uranium. La veille, votre Premier ministre déclarait aux députés : "Une rupture avec les dérives de la Françafrique est attendue." Attendue ? Sûrement pas de vous. Autre mensonge d’Etat.

Sachez donc, Monsieur le Président, que bientôt votre mépris de la démocratie vous vaudra une crise gouvernementale : lorsque vos deux ministres Verts (conformément à la motion adoptée le 24 juin à la quasi-unanimité par le Conseil fédéral d’EELV) vous demanderont de poser aux Français la question : « Approuvez-vous que la France participe avec les autres Etats concernés à l’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? » Et sachez-le encore : chaque jour des citoyens se relaient pour jeûner, jusqu’au référendum auquel le peuple a droit...

Jean-Marie Matagne, président d’ACDN, ex-gréviste de la faim du 15 mai au 26 juin 2012

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