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Questions pertinentes, réponses impertinentes
10 questions sur la crise
par Michel Collon


Publié le 9 octobre 2008

1. « Subprimes  » ? Le point de départ est une véritable escroquerie. Les banques occidentales ont gagné énormément d’argent sur le dos de ménages US en grande difficulté àqui on extorquait des remboursements exagérés. En se disant que s’ils ne parvenaient pas àrembourser, on raflerait leur maison pour une bouchée de pain.

2. Seulement une crise bancaire ? Pas du tout. Il s’agit d’une véritable crise économique qui démarre par le secteur bancaire, mais dont les causes sont bien plus profondes. En réalité, toute l’économie US vit àcrédit depuis plus de trente ans. Les entreprises s’endettent au-delàde leurs moyens, l’Etat s’endette au-delàde ses moyens (pour faire la guerre), et on a systématiquement poussé les particuliers às’endetter, seul moyen de maintenir artificiellement une croissance économique.

3. La cause profonde ? Pas question de l’indiquer dans les médias traditionnels. Pourtant, les subprimes ne sont que la pointe de l’iceberg, la manifestation la plus spectaculaire d’une crise générale de surproduction qui frappe les Etats-Unis, mais aussi les pays occidentaux. Si le fin du fin pour une multinationale consiste àlicencier des travailleurs en masse pour faire faire le même travail par moins de gens, si en plus on baisse les salaires par toutes sortes de mesures et avec l’aide de gouvernements complices, àqui donc ces capitalistes vendront-ils leurs marchandises ? Ils n’ont cessé d’appauvrir leurs clients !

4. Juste une crise àsurmonter ? L’Histoire montre que le capitalisme est toujours allé d’une crise àl’autre. Avec de temps en temps, une « bonne guerre  » pour en sortir (en éliminant des rivaux, des entreprises, des infrastructures, ce qui permet ensuite une jolie « relance  »). En réalité, les crises sont aussi une phase dont les plus gros profitent pour éliminer ou absorber les plus faibles. Comme àprésent dans le secteur bancaire US ou avec BNP qui avale Fortis (et ça ne fait que commencer). Seulement, si la crise renforce la concentration du capital aux mains d’un nombre toujours plus petit de multinationales, quelle sera la conséquence ? Ces super - groupes auront encore plus de moyens d’éliminer ou appauvrir la main d’oeuvre pour se faire une concurrence encore plus forte. Donc, retour àla case départ.

5. Un capitalisme moralisé ? Ca fait cent cinquante ans qu’on le promet. Même Bush et Sarkozy s’y mettent. Mais en réalité c’est aussi impossible qu’un tigre végétarien ou un nuage sans pluie. Car le capitalisme repose sur trois principes : 1. La propriété privée des grands moyens de production et de financement. Ce ne sont pas les gens qui décident, mais les multinationales. 2. La concurrence : gagner la guerre économique, c’est éliminer ses rivaux. 3. Le profit maximum : pour gagner cette bataille, il faut réaliser un taux de profit non pas « normal et raisonnable  », mais un taux de profit maximum qui permet de distancer ses concurrents. Le capitalisme, c’est donc bien la loi de la jungle, comme l’écrivait déjàKarl Marx : « Le Capital a horreur de l’absence de profit. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire ; à100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à300%, il ne recule devant aucun crime.  » (Le Capital, chapitre 22)

6. Sauver les banques ? Bien sà»r, il faut protéger les clients des banques. Mais ce que l’Etat fait en réalité, c’est protéger les riches et socialiser les pertes. L’Etat belge, par exemple, n’avait pas cent millions d’euros pour aider les petites gens àmaintenir leur pouvoir d’achat, mais pour sauver les banques il trouve cinq milliards en deux heures. Des milliards que nous devrons rembourser. Ironie du sort : Dexia était une banque publique et Fortis a avalé une banque publique qui tournait très bien. Grâce àquoi ses dirigeants et actionnaires ont réalisé de juteuses affaires pendant vingt ans. Et maintenant que ça va mal, leur demande-t-on de payer les pots cassés avec les milliards qu’ils ont mis de côté ? Non, on nous demande ànous !

7. Les médias ? Loin de nous expliquer tout ça, ils mettent l’accent sur des aspects secondaires. On nous dit qu’il faudra chercher les erreurs, les responsables, combattre les excès et bla bla bla. Or, il ne s’agit pas des erreurs de tel ou tel, mais d’un système. Cette crise était inévitable. Les sociétés qui s’écroulent sont les plus faibles ou les plus malchanceuses. Celles qui survivent, en acquerront encore plus de pouvoir sur l’économie et sur nos vies.

8. Le néolibéralisme ? La crise a été non pas provoquée mais accélérée par la mode néolibérale de ces vingt dernières années. Or, ce néolibéralisme, les pays riches ont prétendu l’imposer de force dans tout le tiers-monde. Ainsi, en Amérique latine, que je viens d’étudier en préparant mon livre "Les 7 péchés d’Hugo Chavez", le néolibéralisme a plongé des millions de gens dans la misère. Mais l’homme qui a lancé le signal de la résistance, l’homme qui a démontré qu’on pouvait résister àla Banque Mondiale, au FMI et aux multinationales, l’homme qui a montré qu’il fallait tourner le dos au néolibéralisme pour réduire la pauvreté, cet homme-là, Hugo Chavez, les médias ne cessent de le diaboliser àcoups de médiamensonges et de ragots. Pourquoi ?

9. Le tiers-monde ? On nous parle uniquement des conséquences de la crise dans le Nord. En réalité, tout le tiers-monde en souffrira gravement du fait de la récession économique et de la baisse des prix des matières premières qu’elle risque d’entraîner.

10. L’alternative ? En 1989, un célèbre auteur US, Francis Fukuyama, nous annonçait « la Fin de l’Histoire  »  : le capitalisme avait triomphé pour toujours, prétendait-il. Il n’a pas fallu longtemps pour que les « vainqueurs  » se cassent la figure. En réalité, l’humanité a bel et bien besoin d’un autre type de société. Car le système actuel fabrique des milliards de pauvres, plonge dans l’angoisse ceux qui ont la « chance  » (provisoire) de travailler, multiplie les guerres et ruine les ressources de la planète. Prétendre que l’humanité est condamnée àvivre sous la loi de la jungle, c’est prendre les gens pour des cons. Comment faut-il concevoir une société plus humaine, offrant un avenir décent àtous ? Voilàle débat qu’il nous incombe àtous de lancer. Sans tabous.

Michel Collon, le 6 octobre 2008


Ainsi,

- "l’Etat s’endette au-delàde ses moyens pour faire la guerre" (l’Etat nord-américain, bien sà»r, mais pas seulement lui) ;
- "l’Histoire montre que le capitalisme est toujours allé d’une crise àl’autre. Avec de temps en temps, une « bonne guerre  » pour en sortir (en éliminant des rivaux, des entreprises, des infrastructures, ce qui permet ensuite une jolie « relance  »)"
- "le néolibéralisme a plongé des millions de gens dans la misère"
- ce système "fabrique des milliards de pauvres, plonge dans l’angoisse ceux qui ont la « chance  » (provisoire) de travailler, multiplie les guerres et ruine les ressources de la planète".

Le constat est pertinent. Pour le compléter et lancer le débat "sans tabous", commençons par faire sauter le tabou qui pèse sur les armes nucléaires. Par exemple dans les motions socialistes pour le Congrès de Reims. Et ailleurs, bien sà»r.

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