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Longues discussions à Cancun, pour un long chemin


Publié le 12 décembre 2010

Cancun dernière ligne droite... ne pas trébucher

Posté le 10 décembre 2010 depuis Cancun par Thomas Matagne, traqueur, adoptanegotiator.org

Il est 5 heures Paris s’éveille ; il est 22h Cancun veille. La nuit sera longue pour les Ministres et négociateurs, appelés à trouver les compromis nécessaires pour obtenir un accord.

Voilà deux jours que les négociations montent en puissance : « aujourd’hui, on est au cœur du cyclone » dixit un observateur. Depuis la consultation ministérielle d’hier soir, les Ministres sont les mains dans le cambouis, et ca se sent. Cinq binômes de deux Ministres (un pays développé, un pays en développement) ont été chargé de réaliser des consultations informelles par secteur au sein du groupe de négociation sur la coopération à long terme (AWG-LCA) -l’une des deux voies de négociations avec celle sur le Protocole de Kyoto dite AWG-KP-.

15h (23h à Paris) : Nathalie Kosciusko Morizet, arrivée la veille tardivement- prononce son discours comme tous ses homologues qui se succèdent à la tribune depuis deux jours. Un discours plutôt plat, sans grande nouvelle. On notera seulement qu’elle souligne que le niveau d’engagements de réduction des émissions est insuffisant pour limiter le réchauffement à 2°C. Il est bien que la France reconnaisse cet élément crucial, comme d’autres pays l’ont fait ; il reste à ce que les négociations formelles traitent le problème (ce qui n’est pas encore le cas).

19h (3h à Paris) : rencontre entre les ONG françaises et la Ministre. Ambiance détendue, la Ministre est sympathique et accessible : elle commence en faisant le point sur les discussions. Les ONG présentent leurs analyse, poussent certains points plus ou moins techniques qui pourraient encore évoluer (sur REDD notamment). Mais il n’y a pas globalement de dissension majeure. Il faut le reconnaître, et le dire : l’UE est le groupe le plus proactif dans ces négociations sur le climat, celui qui montre le plus de flexibilité, qui joue les rôles de conciliateur. Au sein de l’UE, la France est elle-même un moteur ; la Ministre explique par exemple qu’elle prend position pour une exploitation à son extrême du mandat du Conseil européen, afin d’aller le plus loin possible. Tout n’est pas parfait (on soulignera encore une fois la position française très mauvaise sur les financements précoces, ou l’insuffisance des réductions de l’UE), mais l’essentiel est là en comparaison avec le contexte international difficile. Guacamole et toast en guise de repas, pour les ONGs, parlementaires et négociateurs présents.

A 21h (4h à Paris), la Présidente Espinosa ouvre la séance plénière informelle qu’elle a convoquée afin de faire le point sur le travail des groupes. Elle rappelle qu’ils prévoient toujours de conclure la conférence à 18h vendredi -ce serait une prouesse- et donc qu’il ne reste plus que quelques heures pour négocier. Pression savamment distillée.

Les Mexicains ont décidé d’utiliser la procédure dite des « pays amis de la présidence », pratique habituelle dans les Nations unies. Elle consiste à organiser de réunions à un nombre réduit de pays, représentatifs des groupes et tendances, afin d’accélérer les discussions. A Copenhague, en réunissant les « pays amis de la Présidence », les Danois n’avaient pas invité de pays du groupe ALBA -pays d’Amérique Latine connus pour leur virulence-. Au final, ils se sont fait beaucoup d’ennemis et le processus a dérapé... C’est pourquoi la Présidence mexicaine ne cesse de rappeler la procédure de discussion est ouverte à tous les pays, que tout se fait en toute transparence. Et c’est le cas car tout le monde accepte -à l’exception de la Bolivie qui veut s’en tenir aux procédures onusiennes standards dont on sait qu’elles ne permettront pas de conclure dans les temps ; mais la Bolivie n’a pas réussi à convaincre les autres pays en développement et elle est très isolée désormais-.

Pareillement, Mme Espinosa explique qu’un texte va sortir, qu’il a été constitué avec les éléments discutés par tous, que tout le monde a vu ces éléments. « Il n’y aura pas de texte Mexicain ». Là encore le spectre de Copenhague pèse (les Danois avaient sorti un texte en dehors de toute procédure qui avait provoqué la colère de la plupart des pays). Le texte d’une dizaine de page doit constituer un brouillon de Décisions qui pourraient être adoptées en séance plénière formelle demain, si les points de désaccords sont résolus.

Les Ministres chargés des groupes font état des discussions : tous remercient chaleureusement la Présidence avec force. Le Ministre Norvégien improvise un discours vibrant d’une minute ou deux appelant tous au compromis, qui n’est pas une faiblesse, mais une nécessité afin de garder l’unité de l’humanité, comme une famille. Raconté à froid, cela peut sembler niais ; mais dans l’enceinte des Nations unies, alors que les discussions sont techniques, que la tension est forte, les mots du Ministre norvégien sonnent comme une bouffée d’espoir. La mayonnaise prend. Forts applaudissements.

Les Ministres font état de discussions constructives, mais encore inachevées. Certains chapitres bloquent : en particulier sur la vision à long terme des émissions (niveaux de réduction globale, année du pic des émissions mondiales). Sur les financements, il reste 4 options sur la table, dont deux permettraient un compromis : arrivera-t-on à créer le fonds ici et à lancer son processus d’élaboration ? Sur le système de transparence MRV/ICA, les choses sont encore compliquées : heureusement, l’Inde fait preuve d’un grand leadership imaginatif. D’autres sujets sont bien avancés (adaptation, REDD, technologies).

22h15, John Ash, Président du groupe de discussions sur le Protocole de Kyoto (AWG-KP), l’autre enjeu des discussions, rapporte les progrès dans son groupe. Il annonce que les groupes sont arrivés au bout des discussions possibles : il a désormais besoin d’une impulsion politique. Or, le Japon refuse toujours une seconde période d’engagement. Plus tôt dans la journée, juste après le discours de NKM, le Ministre Russe nous a servi une douche froide dans son allocution en annonçant que la Russie ne s’engagera pas sur une seconde période d’engagement (mais qu’elle souhaite en même temps la préservation des mécanismes de marchés dont elle bénéficie...). On sait le Japon est mis sous haute pression internationale (MM. Cameron et Sarkozy auraient téléphoné au Premier Ministre japonais ; les Etats-Unis pousseraient également en ce sens). La société civile se mobilise fortement également (mon petit doigt me dit qu’une grosse action ciblée sur le Japon arrive bientôt...). Mais avec les Russes en plus, les choses se compliquent encore...

La question du protocole de Kyoto est difficile en soi ; son articulation avec le reste des négociations l’est également. Même si des solutions juridiques seraient en cours de discussions, les choses sont assez loin d’être jouées.

22h30 (5h30 à Paris), fin de la plénière informelle : la Présidente appelle à son tour à l’action : « si nous n’y arrivons pas, nous devrons expliquer au monde qui nous regarde pourquoi. Et nous ne le pourrons pas. » Grâce à sa très bonne Présidence, ses mots pèsent. Là encore, l’effet est réel. Et l’ambiance est détendue : lorsqu’un traducteur se permet un petit trait d’humour (« la Présidente fait une pause »), les rires fusent. Nous sommes loin, très loin de Copenhague.

Les Ministres et négociateurs se retrouvent dans différentes salles pour continuer à discuter sur la base des groupes sectoriels. La nuit va être longue. Certains comptent sur les savoir-faire mexicains en matière tequila pour tenir le coup (véridique). La plupart des observateurs quittent les lieux ; la suite ne sera connue que demain matin, 8h30 (15h40 à Paris) avec la prochaine plénière informelle.

Pour Paul Watkinson, négociateur en chef de la délégation française, en début de soirée un accord était encore atteignable... mais rien n’était plus incertain : tout peut s’effondrer en bien peu de temps pour bien peu de choses.

Longues discussions à Cancun, pour un long chemin

Posté le 11 décembre 2010 depuis Cancun par Thomas Matagne, traqueur, adoptanegotiator.org

Quelques mots très rapides pour faire l’état des discussions sur le climat à Cancun. La 16ème Conférence des Parties de la Convention Cadre des Nations Unies contre les Changements Climatiques devait se conclure aujourd’hui vendredi à 18h ; mais elle se finira dans la journée de samedi sur ce qu’on peut qualifier de succès relatif.

Ce vendredi aura été marqué par une attente interminable. Une session informelle avait été convoquée à 8h30... elle n’a eu lieu qu’à 19h. Après une longue nuit de jeudi à vendredi passée à négocier en groupes thématiques, ministres et négociateurs ont continué les discussions sous formes de consultations bilatérales avec la Présidente toute la journée.

En fin de journée, deux textes relatifs aux deux voies de discussions (sur la coopération à long terme et sur le Protocole de Kyoto) ont été publiés. La Présidente en fait la présentation, lors de laquelle elle a reçu une longue ovation de la salle. Moment rare et fort.

Standing ovation pour la présidence mexicaine à la COP16

Après que les Parties ont eu le temps de lire, une seconde séance informelle a été convoquée afin de les entendre. La salle était bondée. Les Pays qui le souhaitaient ont pris la parole les uns après les autres.

Tous ont souligné la transparence du processus ; l’excellent, le remarquable travaille de la Présidence mexicaine qui a reconstruit la confiance. On attendait évidemment le positionnement des grands, des puissants. L’Union Européenne, la Chine, l’Inde, le Brésil, les Etats-Unis se sont exprimés en faveur du texte. On attendait le Japon qui s’est illustré par son opposition à Kyoto : il soutient le texte. On attendait aussi les plus petits, et les pays en développement : le groupe des Pays les Moins Avancés, le Groupe Afrique et de nombreux Etats se sont exprimés en soutien au texte. Tous ont souligné qu’ils n’étaient pas pleinement satisfaits, mais que le texte représente un compromis équilibré. Les discours se sont succédés, et ont marqué de façon plus ou moins vibrante selon les orateurs, l’étape essentielle qui serait franchie ici. Elle est historique pour certains. Les applaudissements étaient nourris, l’audience était souriante, soulagée, heureuse. Un peu comme une soirée électorale victorieuse ou un match de foot gagné.

Mais il faut aussi compter sur la Bolivie, soutenue par Cuba et de manière plus modérée par le Vénézuela et l’Equateur, et rejointe par l’Arabie Saoudite (alliance opportuniste). Pour ces pays, le texte n’est pas suffisant, ou pas acceptable. Il ne peut donc pas être accepté en tant que tel ; il faut le revoir. Le Vénézuela sert de modérateur en appelant à relancer un dernier round de discussions afin de régler certains problèmes. Mais le Vénézuela appelle aussi à ne pas abandonner maintenant, laissant entendre qu’on est tout proche...

La Présidente a donc annoncé la convocation de nouveaux groupes de discussions informelles, similaires à ceux de la nuit passée. L’objectif est de lever les derniers problèmes afin de pouvoir ouvrir les sessions officielles pour adopter définitivement, à l’unanimité, les Décisions. Nous sommes à deux doigts de la conclusion, d’une victoire. Mais tout peut encore exploser en vol : il suffit que les exigences Boliviennes ou Saoudiennes soient toujours extrêmes (la Bolivie a soumis un texte au milieu de la nuit dernière qui n’avait aucun sens...), ou que le fragile équilibre soit rompu par trop d’offensive... et le consensus peut disparaître. On ne sera fixé qu’à la conclusion définitive de la COP.

Sur le fonds, si le texte présenté par la Présidente est bien adopté finalement, en vrac, du côté positif :

- Un fonds vert pour le climat est créé

- Un mécanisme de transfert de technologies est créé

- Un comité pour l’adaptation est créé

- Les engagements des pays inscrits dans l’Accord de Copenhague sont rapatriés sous la Convention, ce qui les sécurise

- Le manque de réductions des émissions nécessaires est inscrit explicitement

Du coté négatif :

- Il n’y a pas de progrès substantiel : les réductions d’émissions ne sont pas accrues par exemple

- On n’a rien sur les sources de financement du fonds

- La forme légale de rattachement de réductions d’émission est faible

Il est très clair que Cancun n’est pas un succès pour le climat : c’est un succès pour le processus. Mais ce processus est lui-même vital pour le climat. C’est une étape, modeste mais réelle, qui est franchie. Si les Boliviens ne font pas tout exploser en vol à la dernière minute, on pourra dire que les Mexicains auront sauvé la Convention sur le climat après l’échec de Copenhague. Les Nations unies auront repris de la vigueur en 2010 avec le succès Nagoya sur la biodiversité.

Mais la route sera encore très longue : nous aurons des années et des années de négociations devant nous, avec des succès et des échecs. Au rythme d’un psychodrame par an, les cheveux blancs pousseront bien vite aux jeunes générations que nous sommes.

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Pour avoir d’autres explications, photos, vidéos, descriptions, anecdotes ou analyses : adoptanegotiator.org (multilingue).

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Negotiator Tracker - Thomas Matagne

Thomas Matagne, 23 ans, finit ses études en master Sciences et politiques de l’environnement à Paris. Il a participé à la COP15 en tant que membre de la délégation d’un PMA (« pays moins avancé ») et continue son travail sur les changements climatiques pour plus de justice inter- et intra-générationnelle...


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